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A GESTE DE GARIN DE MONGLANE

Aux approches de sa mort, Charlemagne couronne son fils Louis, et Guillaume promet de défendre Tenfant

envers et contre tous. Charlemagne meurt et Guillaume tient sa promesse (le Couronnement de Louis). Les années passent. Louis supporte avec peine qu'un vassal le protège et remplisse à sa place son devoir de roi; mais incapable de les remplir lui-même, irrémédiablement faible et lâche, il laisse les Sarrasins ravager la terre chrétienne. Alors Guillaume lui demande, pour seul prix de ses services, im « don », celui de s'en aller, à la tête d'ime troupe d'aventuriers qu'il lèvera, combattre les ennemis de Dieu ; il ne requiert du roi qu'un secours tous les sept ans. Il part, délivre Nîmes (Je Charroi de Nîmes). Il conquiert Orange, repoussa au loin les Sarrasins vers Barcelone {la Prise d'Orange) . Ainsi la tâche de Charlemagne sera dignement continuée.

La donnée centrale reste donc celle d'une mission héroïque dévolue à la France; tout comme dans le Geste du roi, il s'agit toujours de défendre et « d'essaucier » la chrétienté ; mais désormais un camp de croisés unanimes n'est plus l'unique

LES FONDATEURS DE SAINT-PIERRE DE VÉZELAY (Porche de l'église).

théâtre de l'action. Les poètes disposeront d'une double scène : en terre ennemie, le camp de Guillaume ; là-bas, à Paris ou à Laon, la cour, pleine de luxe et de joie, que trouble parfois le retour de Guillaume, venu pour réclamer le secours promis et pour reprocher au roi son indolence; et lors même qu'on n'a pas sous les yeux les deux « mansions » dressées à la fois, on sent toujours que la couardise du roi et de ses barons, qui s'abritent, fait repoussoir à la prouesse de Guillaume et des siens, qui se sacrifient; par là des sources, à peu près interdites aux poètes de la Geste du roi, s'ouvrent, les sources profondes du tragique. Le contraste et le conflit du roi défaillant et de son impérieux vassal, voilà l'idée poétique nouvelle, très anciennement dérivée de l'idée de la perpétuelle croisade française, et qui se développera paraUèlement à elle. Regardons-la courir sa chance à son tour.

Par définition, la charge de mener cette croisade n'est plus remplie par tous les barons de France, mais par une élite, et qui se connaît comme telle. D'où vient à Guillaume sa fierté et force ? De sa mesnie, de la bande de chevaliers qu'il a emmenés de la cour avec lui et qui, associés à sa fortune, forment sa famille fictive ; mais aussi et surtout de sa famille réelle, de son père Aymeri, de ses six frères, Bernard, Bovon, Hemaut, Garin, Aïmer, Guibert, qui correspondent aux douze pairs de l'autre geste. Servir en bons vassaux le roi Louis, bien qu'ils attendent peu de son aide

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