CHAPITRE PREMIER
Avant l'histoire. — Les premières traces de la pensée. — L'Egypte au début du monde antique. — Plusieurs foyers de culture se révèlent dans la poussière de la Chaldée. — Les civilisations coexistantes des peuples et des races superposés le long- de l'Euphrate et du Tigre. — Loin de l'Asie Mineure. — Chez les habitants du Céleste Empire. — Sur les hauts plateaux de l'Amérique centrale. — Dans l'Inde védique.
On est parvenu, de nos jours, à construire scientifiquement la théorie des premiers âges.
Dès le commencement du xviii® siècle, Jussieu fondait l'archéologie comparée. Et, depuis lors, les découvertes anthropologiques ont fourni un immense supplément à l'histoire.
Mais la paléontologie linguistique reste à créer.
La science moderne, disons-nous, a pu ressaisir, d'après les divulgations du sol, les plus anciens vestiges de l'humanité. Elle a pu nous montrer, en des temps dont la distance défie les calculs, des
LoLiÉE. — Litt, comp. 1
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êtres semblables à nous, allant en compagnie des félins gigantesques, longeant les rochers abrupts, errant clans les bois, se glissant au fond des cavernes, s'interpellant au moyen d'interjections rauques et de monosyllabes confus, ou se heurtant, affamés, à la poursuite d'une même proie; travaillant, cependant, d'instinct à se dégager de la brutalité native; usant le silex, taillant et polissant la pierre, incisant les ossements des animaux, accomplissant un effort immense pour façonner la hache grossière ; ayant déjà fait un pas prodigieux par la découverte de l'élément vital, par l'invention du premier flambeau; préludant enfin avec une lenteur séculaire à cet état d'avancement préhistorique dont l'âge de bronze et le premier âge de fer seront la représentation culminante.
En revanche, il ne lui a pas été donné de reconnaître aussi sûrement le point de départ tout primitif des œuvres de l'esprit humain. De même que l'histoire politique ne sait rien des Indiens avant Alexandre, des Mèdes avant Cyaxare, des Grecs avant Danaiis, de même l'histoire intellectuelle est privée de lumière sur les plus lointaines expressions de la pensée, cherchées à la source même.
Après tant d'interrogations et de fouilles poursuivies dans les archives du monde, elle ne saurait, aujourd'hui, déterminer d'une façon certaine le noyau originaire des races d'élection qui furent appelées à devenir les initiatrices des peuples. L'imagination tâtonne dans la nuit des vieux âges, sans espoir de discerner le fil conducteur qui la ramènerait au principe du langage et des idées. On ne dira jamais quels furent les premiers chants ou
les premières plaintes, encore pareils à des cris, qui, sur des lèvres humaines, tentèrent d'exprimer les balbutiements de l'amour, le vague concept d'une vie supérieure, le gémissement de la douleur, ou la mystérieuse crainte du surnaturel.
Il n'est pas douteux qu'avant l'entrée des peuples « sémitiques » et indo-européens sur la scène de l'histoire, les hommes n'aient connu des civilisations fort reculées et qu'ils ne leur aient été redevables d'une longue expérience de vie morale et matérielle. Cependant le dessin nous en échappe à travers l'obscurité des conjectures. Aux temps imprécis, que les études préhistoriques les plus serrées laissent flotter entre les soixantième et quarantième siècles avant notre ère, s'indiquent, se font deviner plutôt les premiers contacts des groupes humains, peu à peu dégagés de la lente période de vie inconsciente. Il est vraisemblable que, dès lors, le monde était occupé par les trois grandes races qui s'en partagent encore l'habitat, et que dans l'espace de terre livré à la possession de la race blanche : l'Europe, la côte septentrionale de l'Afrique, l'Asie Mineure et Antérieure, deux mouvements progressifs se succédèrent, l'un parti des régions atlantiques et caractérisé surtout par l'accession des Ibères en Europe ou des Berbers en Afrique, l'autre venu d'Orient et ayant apporté avec lui, sur son parcours, et par des séries d'immigration, des éléments d'industries et de croyances ^ Il est avéré enfin que la rencontre et la pénétration réciproque de ces mouvements contraires