CHAPITRE SEIZIÈME. S
de ces excès, et» en mettant ses personnages sous rarrèt de la fatalité antique, il a retrouvé l'intérêt local, le souffle puissant dont Sophocle avait le secret. Drwut, inspiré par le récit de Tacite, pèche par le plan et les caractères, mais quelques belles scènes et un style vigoureux feront vivre cette pièce. Dans Richard IIl, le poète s*est appuyé sur le grand drame de Shakspeare, en le ramenant aux proportions de la tragédie classique, et il a su ménager habilement le double ressort de la terreur et de la pitié.
Le sujet de Médée, qui a si souvent tenté la muse tragique, a trouvé un digne interprète dans le duc de Yentignano, qui en a fait une composition remarquable, sinon un chef-d'œuvre.
Jean-Baptiste Niccolini (1785-1861) appartenait, comme nous l'avons vu, à ce groupe modéré des écrivains florentins qui rédigeaient V Anthologie dans un but de conciliation entre les deux écoles. Son éclectisme s'appuyait sur une érudition profonde et variée, un goût mûri par la réflexion et l'étude ; mais dans ce milieu difficile où il voulait marcher, il lui fallait donner des gages aux deux partis, et la balance n'eut été possible que pour un génie dominateur, réunissant les qualités de l'un et de l'autre sans en avoir les défauts. Or, malgré un incontestable talent, Niccolini n'a jamais pu se défendre d'un peu d'hésitation , et il n'a su prendre en Italie que le rôle intermédiaire, non sans éclat, mais trop peu magistral, qu'a occupé en France Casimir Delavigne. Sa première tragédie , Pdyxène, était faite pour l'encourager, car elle obtint le prix en 1810 dans le concours décennal. On voyait dans le jeune écrivain un digne successeur de Métastase et d'Alfieri.
Cette pièce fut suivie de Médée, A'Ino, i^OEdipe avec cbceurs, de Ndbueco, pièce allégorique qui fait allusion à
la chute du premier empire. La forme classique domine dans ces ouvrages ayec l'inspiration de l'antiquité ; il ne s'en écarte guère dans MaikUde, sauf par le choix du sijjet qui se rapporte aux temps modernes; mais dix ans plus tard, en composant Fotearini, il donna des gages aux procédés romantiques en employant des couleurs plus vives et des formes moins régulières ; le succès en fut très-grand. Depuis Alfleri, aucun écrivain n'avait remporté au théâtre un pareil triomphe; il était dû en grande partie aux allusions politiques contre le gouvernement autrichien, et le prince Louis Bonaparte (Napoléon III) traduisit la pièce en allemand.
Ce succès encouragea Niccolini, et il en chercha un semblable en traitant, dans Jean de Proeida^ le sujet des Vêpres siciliennes; cette fois l'esprit national était exalté aux dépens de la France; l'histoire, malheureusement, donnait prise à ces attaques, et Niccolini restait plus fidèle à l'histoire que Casimir Delavigne dans ses V^jrres neiUemus^ La police fut obligée d'arrêter les re](^résentations pour ne pas envenimer les relations diplomatiques, et l'écrivain dut chercher des succès en choisissant des sujets moins scabreux. Il ne cessa pobit pourtant de faire vibrer au thé&tre le sentiment patriotique , mais il le renferma dans un sujet purement italien, Ludtomo SforMa, qui parut encore trop hasardé à une censure ombrageuse. Le drame antique à*Agamemnon et Béatrice Cenci prouvent les tergiversations d'un esprit inquiet, gêné par une méthode indécise autant que par la pression autoritaire. Enfin dans ses deux derniers drames , PhiUppe SfroMù et Amaidd de Brescia, il parut avoir trouvé la plénitude de ses facultés, l'équilibre entre ses deux manières, la pureté classique unie aux aspirations plus libres de l'art moderne.