‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 228 sur 300 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Gustave-Adolphe Becquer (1836-1870), qu'une mort prématurée a enlevé aux lettres et aux arts, comprenait autrement le devoir et la mission de l'écrivain ; il s'y préparait par l'étude, par l'observation et les voyages; de plus, il y mettait toute la sensibilité d'une âme délicate et rêveuse; il partait de la réalité pour viser à l'idéal. U aimait à parcourir les diverses provinces de l'Espagne, pour y recueillir les traditions et les légendes, ou crayonner sur son album les tôtes pittoresques, les costumes, les moniunents du passé. Il n'a pas eu le temps de donner la mesure de son talent; un petit nombre de vers, des lettres sur ses voyages, et un recueil de légendes dans le genre des contes d'Hoffmann, voilà ce qui reste de lui; c'est peu, mais cela suffit pour faire regretter qu'il n'ait pu donner davantage.

La lisle des romanciers espagnols n'est pas épuisée; mais dans un genre léger et facile^ il n'est pas défendu de laisser dans l'ombre ceux qui n'ont qu'un mérite secondaire. Julio Nombela a fait des romans historiques et des nouvelles qui ne manquent pas d'un certain intérêt; mais on y voudrait plus de relief et de nuances. Madame Pilar Sinuès del Marco écrit surtout pour la jeunesse, et aspire à la gloire de madame Cottin. Ce genre froid, un peu suranné, n'offre qu'un médiocre attrait au goût blasé des lecteurs de nos jours.

Pedro Antonio de Alarcon (1833) a un talent plus varié et plus vivace. D'abord journaliste, satirique, partisan déclaré des idées révolutionnaires, il s'engagea dans l'armée, se fit distinguer par des actions d'éclat dans l'expédition du Maroc, et fut chargé officiellement d'en écrire l'histoire. Ainsi parut son Journal d'un témoin de la guerre d'Afrique, récit intéressant, pittoresque, auquel le public fit un accueil empressé. L'écrivain se délassa des fatigues

liO LITTËRATURE ESPAGNOLE.

de la guerre par un voyage en Italie, dont il donna le récit sous ce titre : De Madrid à Naples. Il composa ensuite ses Poésies sérietues et humoristiques » deux volumes de noavelles, auxquelles ses souvenirs personnels donnaient un attrait piquant. Ce n'était pas son coup d'essai dans ce genre, car il avait déjà publié auparavant des contes et un roman , le Final de Norma. L'Age des illusions était passé : Âlarcon revint au principe d'autorité; il entra & la Chambre en 1868, et devint ensuite conseiller d'Ëtat, sans renoncer pour cela à ses travaux littéraires. C'est ainsi qu'il a publié récemment el Sombrero de très picos {le Tricorne) , histoire villageoise fort bien racontée, et la Alpujarra, récit historique et humoristique qui se rapporte au soulèvement des Moresques sous le règne de Philippe III. Alarcon est un conteur aimable, facile, d'un esprit fantasque et primesautier; il charme, il intéresse par une alliance heureuse de raison et d'enthousiasme, d'observation et de traits humoristiques.

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