‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 227 sur 300 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

en Castille, mais c'est toujours la môme grâce, la même fratcheur. La religion, la famille, les scènes de la nature, les tableaux du village, telles sont les sources où Fauteur puise ses inspirations; peu d*écrivains modernes ont obtenu du public un accueil plus sympathique et une plus franche popularité.

Dans un genre de récits plus élevés, plus complets, mais avec la même portée religieuse et morale, nous trouvons mademoiselle Gécilia Bobl de Fnber, sous le pseudonyme de Feman Gaballero. Son père était un négociant allemand établi à Cadix, et qui avait fait lui-même des travaux littéraires sur les romances et les poésies espagnoles. • Mademoiselle de Faber obtint par. son talent Taccucil le plus favorable dans la haute société; la reine Isabdle Tattira à la cour, et lui demanda son concours pour Téduca^ tien de l'infante. Ses ouvrages sont nombreux, et se distinguent par la délicatesse morale, la grâce du sentiment poétique, Fobservation originale. Ce n*est pas que son horizon soit très-large ni très*vaiié : elle place toujours la scène de ses récits dans cette belle Andalousie, dont elle aime à peindre les riches couleurs, la beauté du ciel, les mœurs nationales, la vie populaire, les traditions, les légendes. Le charme est moins dans la création de l'ensemble, dont la conception est un peu faible, que dans la finesse des détails, la touche gracieuse des nuances, la vivacité spontanée de la narration. Parmi les nombreux romans de cette femme distinguée, nous citerons surtout la Gaviota, Elia, Clemenàa, Pauvre Dolarès, la Famille Alval reda. Bonheur et chance, Y Étoile (T Andalousie; plusieurs de ces ouvrages ont élé traduits en français par M. Germond de Lavigne.

Moins bon écrivain que Fernan Caballero, quoiqu'il

m LITTÉRATURE ESPAGNOLE.

l'emporte par la force d'imagination et la verve, Vincent Ferez Escrich improvise plut6t qu'il n'écrit; il ne sait ni contenir ni diriger sa verve; aussi est-il violent, désordonné ; il oublie que trop d'émotion fatigue, que trop de longueur ennuie. Quand il arriva à Madrid en 1853, avec un drame dans sa malle et deux piastres dans sa poche, ainsi qu'il le raconte, il faisait des rêves de gloire qu'il a pu réaliser; reste à savoir si cette gloire sera durable. Son bagage littéraire n'est pas mince : trente-trois pièces de théâtre et trente volumes de roman ; mais la quantité fait tort à la qualité ; mieux valait un petit nombre d'ouvrages, bien pensés, bien écrits, que ces nombreux volumes où souvent l'auteur se répète lui-même.

Manuel Fernandez y Gonzalez a fait, comme l'auteur précédent, des romans et des drames, avec non moins de fécondité et de désinvolture : c'est le Dumas de l'Espagne, n a, comme notre romancier français, le mouvement, la facilité d'imagination, la rapidité du dialogue, l'entrain du récit, l'art de développer les aventures à grand eflet. Il exploite habilement le goût du public espagnol pour les types violents, les caractères ardents et passionnés. Il les prend généralement dans l'histoire nationale, qui fourmille de héros de ce genre, et où les brigands à main armée obtiennent facilement la sympathie du public, pourvu qu'ils revêtent une certaine allure de courage et de grandeur. Quant à la peinture exacte et sérieuse des mœurs, des coutumes, à l'analyse morale des sentiments, à la vérité des peintures, il ne faut pas les demander à Gonzalez : il n'a pas le temps de s'y arrêter, ni souci de s'y astreindre. Ce qu'il cherche, c'est l'émotion, la passion, un intérêt qui subjugue le lecteur superficiel et le tienne en haleine jusqu'au dénoûment.

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