CHAPITRE PREMIER
Formation da lôyanine de Portugal. — Origine et caractère de la langue.
— La poésie sous Alphonse Henriquez, sous Denis et sous Alphonse IV.
— Les romances. — Romans chevaleresques : VAmadis. — Conquêtes et découTertes au quinzième siècle. -^ Maclas TEnamorado. — Développement de la poésie bucolique. — Bernardin Ribeyro : ses pastoi'ales et leur influence. — ChristoTal Falçam. — Prose. — Le roi Edouard : ses écrits. — La Chronique des rois, par Lopez. — Eannez de Azurara et sa Relation, — Ruy de Pina : ses Chroniques.
Le Portugal est une enclave de l'Espagne ; il correspond à Tancienne province romaine de Lusitanie, entre le Douro et le Minhô. Ses plus anciens habitants connus furent des Celtes, comme l'attestent plusieurs monuments druidiques conservés jusqu'à nos jours. Il subit, comme l'Espagne, la conquête romaine pendant plus de cinq siècles, puis les invasions germaniques. Les Suëves et les Alains, qui s'y étaient établis, furent dépossédés par les Wisigoths, dont la domination s'étendit bientôt sur toute la Péninsule. La conquête arabe, fruit de la bataille de Xérès (711), livra
aussi aux musulmans la Lusilanieet la Galice. Il fallut aux chrétiens quatre siècles de combats et de luttes sanglantes pour reprendre ce pays aux vainqueurs. Alphonse YI, roi de Léon et de Castille, se voyant menacé par les Aimeravides, fit appel au roi de France Philippe I*; Henri de Bourgogne conduisit les chevaliers français au secours des chrétiens espagnols, et, en récompense de ses services, il reçut du roi Alphonse la main de sa lille, Thérèse, avec le comté de Portugal, situé entre le Tî^e et le Minho. Sa bravoure affranchit ce pays de la domination musulmane; mais ce fut son fils, Alphonse le Conquérant {d Conquistador]^ qui fonda le royaume de Portugal. Vainqueur de cinq rois mores à la bataille d*Ourique (1139], il fut proclamé roi par ses soldats, et ce titre lui fut confirmé par les Certes de Lamego : le pape Alexandre III sanctionna cette dignité. Les Gortès décidèrent que ni le roi ni ses descendants ne devaient prêter hommage ni payer tribut à aucun prince étranger, sous peine de déchéance. Alphonse s*affennit par de nouvelles conquêtes : il enleva aux Mores Santarem, Lisbonne, Évora, et à sa mort, à l'âge de quatrevingt-onze ans, après un règne glorieux de soixante-treize années, il possédait, sauf les Algarves, à peu près le Portugal actuel.
La puissance du Portugal se consolida sous les successeurs d'Alphonse : ce royaume prit une part active à la croisade permanente contre les Mores; il remporta sur les Almohades la victoire de Santarem, et contribua à celle de las Navas de Tolosa, ainsi qu'à celle du Salado. Alphonse III conquit les Algarves, qui donnèrent au royaume ses limites actuelles. La branche masculine de Bourgogne s'étant éteinte avec Ferdinand, elle fut remplacée par la branche d'Avis, dans la personne de Jean I*',