CHAPITRE PREMIER
qui commença une ère nouvelle de prospérité et de grandeur. Renfermée à Tintéricur dans d'étroites limites, la puissance portugaise épancha au dehors son activité et son ardeur de conquêtes. Les côtes d'Afrique lui ouvraient des perspectives sans bornes; elle s'établit à Tanger et à Ceuta; ses navigateurs, dépassant les bornes du monde connu, longèrent les côtes de l'Océan, jusqu'en Guinée, en rapportèrent de l'or, o'ojetde convoitise, et Diaz arriva bientôt au cap des Tempêtes, qui fut doublé par Vasco de Gama (1497). La route des Indes était ouverte, celle du Brésil fut trouvée presque en même temps par Cabrai, et à leur suite, Alméida, Albuquerque fondèrent cette vaste domination coloniale qui donna au commerce portugais tant de développement et de richesses. Grandeur démesurée, dangereuse, éphémère, qui déplaça les forces vives de la nation, lui fit négliger ses ressources intérieures, son agricullure, et fut pour elle, comme pour l'Espagne, une source de faiblesse et de rapide décadence.
La langue portugaise a les mêmes origines que la langue espagnole. Nous n'avons donc pas à répéter ce que nous avons dit en parlant de cette dernière. Le latin y a laissé pourtant une plus forte empreinte que dans la langue castillane. < Le portugais, dit Sismondi, est du castillan contracté, mais la contraction a été si forte qu'elle a fait souvent disparaître des mots les sons caractéristiques. D'ailleurs la langue est adoucie, comme le sont le plus souvent les dialectes des côtes, par opposition aux langues rudes et sonores des montagnes. La consonne du milieu des mots est, en général, celle qui demeure retranchée, et cette contraction déroute plus qu'une autre l'étymologie. Ainsi dolor devient dor; celos devient ceos; mayor, nwr; nello, no; dello, do, etc. » Cette langue est moins, ui. 29
gutturale que Tes^agnol, parce qu'elle subit moins fortement Tinfluence arabe; le y consonne n*est point aspiré et se prononce comme en français ; 1/ prend la place de Vh : on dit fidalgo au lieu de hidalgo. De là, pour les Poilugais, une langue plus douce, plus harmonieuse, plus propre à rendre les sentiments tendres et passionnés* : elle se rapproche singulièrement de Tidiome provençal. Néanmoins, l'espagnol et le portugais sont deux langues sœurs, et nous verrons plusieurs écrivains se servir simultanément de l'une comme de l'autre.
Xa langue portugaise ne nous offre aucun monument littéraire avant la fondation de la monarchie. Son premier roi, Alphonse Henriquez, composa, dit-on, quelques poésies, et même un ouvrage en prose sur la Conquête de Santarem. On a conservé les Chansons de deux poètes chevaliers, qui vécurent sous son règne, Gonçalo Hermiguez et Egaz de Moniz ; de plus, il y a un poème sur la Bataille de Salado par Alphonse Giraldès.
Au treizième siècle, le roi Denis, surnommé le Laboureur et le Père de la pairie, composa des poésies analogues à celles des troubadours; ce prince encouragea les lettres aussi bien que l'agriculture; il fonda l'Université de Goïmbre et Tordre des Chevaliers du Christ. Un de ses fils, don Pedro, comte de Barcellos, fut aussi poète, et laissa un précieux document historique, le Lignage des hommes. Ce sont les princes qui donnent l'exemple de la poésie : Alphonse lY» successeur de Denis, fut fidèle à ce culte; mais il déshonora sa mémoire en faisant périr la malheureuse Inès de Castro, épouse de son fils. Ce fils fut don
* Ferreira dit que la Mase portugaise « chsnte avec donoear et doucement aoupire ».