CHAPITRE TROISIÈME
punition qui Ta transformé en ce cup lointain, séjour des éternelles tempêtes; il disparait en gémissant, et Gama implore le Dieu des chrétiens pour qu*il détourne ces tristes présages.
Au sixième chant, le poète reprend son récit personneL Gama se remet en mer avec ses compagnons, après avoir fait alliance avec le roi de Mélinde. Il échappe, non sans peine, à une affreuse tempête; il arrive enfin à Galicut, terme de son voyage. Ses rapports avec le zamorin de Galicuty les difficultés qu'il éprouve jusqu'au moment où il se rembarque pour TEurope, sont à peu près conformes aux récits de l'histoire. La protection de Vénus, qui revient souvent dans le poème, récompense l'équipage de ses travaux en suscitant au milieu de l'Océan une lie divine peuplée par les nymphes des eaux. Cette demeure éphémère, parée des splendeurs de la nature, donne au poète l'occasion de déployer, dans un magique tableau, toutes les grâces de son imagination. Il est vrai que, pour corriger sans doute l'effet dangereux de ces voluptueuses peintures, il y met fin en déclarant au lecteur que tout cela n'est qu'une pure allégorie, < que ces nymphes si brillantes de l'Océan, Thétis et son lie enchantée ne sont autre chose que les jouissances de l'honneur, qui donnent à la vie quelque chose de sublime »; enfin, il anéantit lui-même sa mythologie païenne, en niant la réalité des divinités antiques, qui ne sont que le fruit de l'imagination humaine. Le lecteur, il est vrai, ne les a pas prises au sérieux, mais il n'en éprouve pas moins une légère déception, qui fait tort à l'impression produite.
Au milieu des nymphes se trouve une sirène, qui chante en prédisant l'avenir, et qui fait ainsi voir au*lecleur les suites de l'expédition de Gama jusqu'au temps où vivait le
poète, complétant ainsi le récit historique des gloires du Portugal. En commençant ce dixième et dernier chant, Carnoôns, invoquant la Muse, fait un triste retour sur luimême, avec un ton d'amertume qui est un écho de ses souffrances, c Déjà mes années descendent, déjà il ne me reste plus que quelques pas à franchir pour arriver à l'automne de mes jours. La mauvaise fortune a glacé mon génie; hélas! il n'est plus pour moi un objet d'orgueil. Les soucis, les dégoûts m'entraînent vers la rivière du noir oubli, du sommeil éternel. Mais, ô grande reine des Muses, accorde-moi d'achever le travail entrepris pour la gloire de ma nation! »
Cette pensée patriotique, qui a guidé Gamoéns dans tout le cours de son poème, ainsi que dans sa pénible carrière, fera l'éternel honneur de son génie. Il s'est élevé, dans plusieurs passages et épisodes, au niveau des plus grands poètes, quoique par la conception de l'ensemble et la conduite des détails il ne puisse rivaliser avec les premiers maîtres de l'épopée. S'il n'offre pas un intérêt soutenu et complet, il se rachète par la magnificence du style, et c'est une gloire assez belle que de n'avoir pas de rival dans son pays.
Outre les Ltuiades, Çamoêns a composé diverses poésies qui seules auraient pu illustrer son nom. On a de lui trois cents Sonnelt, dont plusieurs sont remarquables; mais le goût italien des eonceiU fait tort à beaucoup d'entre eux; ses Cançœns ou romances, au nombre de seize, rappellent les Canxoni de Pétrarque. Ses Odes, qui ont une forme plus classique que les Gançoens, nous offrent moins d'intérêt que ses Élégies, dont le sentiment est plus intime, plus personnel, et nous fait mieux connaître l'écrivain. On admire beaucoup un chant qu'il composa sur les rives