CHAPITRE TROISIÈME
les fables inventées pour les autres, qu'elles surpassent Rodomont, et le vain Roger, et Roland, ces héros fussentils véritables. »
Dans une mise en scène mythologique, Jupiter, assemblant les dieux de l'Olympe, leur rappelle les exploits des anciens Lusitaniens, la gloire plus récente des Portugais contre les Mores, et leur indique les vaisseaux de Gama cinglant sur les côtes d'Afrique ; il se montre favorable à ces hardis navigateurs. Mais les dieux sont partagés; Bacchus se déclare contre eux dans la crainte de voir éclipser la gloire qu'il s'est acquise en conquérant les Indes; Vénus et Mars, au contraire, chérissent les Portugais : leur parti l'emporte, et Mercure est envoyé pour diriger leur course.
Après ce hors-d'œuvre mythologique, nous suivons Vasco et ses compagnons dans leurs découvertes sur les rivages africains; à la suite de divers incidents, ils arrivent à Mélinde dont le roi leur ofTre une généreuse hospitalité; il les interroge, et le. poète profite de celte circonstance pour faire raconter à Gama les détails de son expédition, et en môme temps toute l'histoire de sa patrie. Ce récit, qui remplit le tiers du poème, rappelle celui d'Ulysse aux Phéaciens, et celui d'Énée à Didon; mais il est moins naturel, car le roi more qui l'écoute n'a pas grand motif de s'intéresser à un peuple inconnu, ennemi déclaré de sa foi religieuse, non plus qu'aux annales d'une nation dont il entend parler pour la première fois. Pourtant le récit ^e Gama est habile, coloré, poétique; il fait ressortir toutes les grandeurs de sa patrie, en esquissant à larges traits les points culminants de son histoire. Quelques épisodes viennent rompre l'aridité du sujet; celui d'Inès de Castro passe à bon droit pour le plus touchant du poème.
47Î LITTÉRATURK PORTUGAISE.
L'intérêt est plus vir quand Yasco arrive à sa propre expédition, aux détails de sa navigation sur les cites d'Afrique , surfout au moment où il affronte le cap des Tempêtes. Là se place la création la plus originale, la plus grandiose du poème, l'apparition du géant Adamastor, Titan monstrueux transformé en rocher, et qui garde depuis des siècles cette pointe de l'Afrique jusque4à inviolée, c Un fantôme gigantesque nous apparaît dans les airs; son aspect est difforme, sa taille immense, son front chargé d'orages, sa barbe hérissée ; ses yeux sont caves, et dans tout son port respirent la malveillance et la colère; sa couleur est pâle et terreuse; ses cheveux, souillés de sable, se dressent sur sa tète; ses lèvres sont noires et ses dents jaunies... »
< Il s'écrie : 0 nation plus audacieuse que toutes celles qui, par de grandes choses, ont étonné le monde! toi qui, au milieu d'immenses travaux, de guerres cruelles et sans nombre, ne te reposes jamais ; tu brises maintenant ces limites inviolables, et tu oses naviguer sur les vastes mers confiées depuis si longtemps à ma garde, et que jamais navire étranger ou parti de ces côtes n'a sillonnées.
c Tu viens sonder les secrets cachés de la nature et de l'humide élément, secrets qu'il ne fut jamais donné à aucun mortel de pénétrer, quelles que fussent d'ailleurs sa noblesse et la grandeur de son génie. Apprends de moi, car je les connais, les maux réservés à ton audace extrême sur l'immense Océan, et dans les pays que tu dois subjuguer par une gueiTe terrible. ... »
Le géant continue ses prédictions sinistres contre les audacieux présents et futurs qui violent et violeront son domaine; il raconte sa propre histoire, sa lutte contre les dieux, sa folle passion pour Thétis, déesse de la mer, et la