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CHAPITRE TROISIÈME

Fasio degli Uberti ne se borna pas aux sonnets et aux canxùni; il fit un poëme descriptif , le DUtamondo, où il prit Dante pour modèle ; mais en peignant le monde réel au lieu du monde des esprits, il ne fit que ramper sur cette terre qu'il avait prise pour objet de ses chants : sa poésie lyrique vaut mieux que sa p&le épopée.

Barberino (1264-1348), disciple comme Dante de Brunetto Latini , mit en vers la philosophie morale dans un recueil intitulé Documenti (TAmore; les vers sont faibles, et méritent peu Tattenlion dont ils furent l'objet. — Zanobi da Strata fit aussi des poésies morales, et eut l'insigne honneur d'être couronné poète à Pise par l'empereur Charles IV. — Buonacorso cultiva le sonnet avec succès; mais quand on parle du sonnet, on a hâte d'arriver à Pétrarque.

Francesco Petrarca (1304-1374) naquit à Arezzo, d'une famille guelfe exilée de Florence, et qui se retira bientôt après à Avignon, où le pape Clément Y avait transporté le siège pontifical. Son père l'envoya étudier le droit à Montpellier; mais il avait déjà puisé, sous le ciel de la Provence , et dans la familiarité des poètes latins , un goût si vif pour les lettres, que l'étude de la jurisprudence ne lui offrait aucun attrait; aussi ne fit-il aucun progrès dans cette science, qui répugnait, disait-il, à sa moralité, à cause des abus que l'on en fait. Son père en jugea autre* ment, et quand il vint le voir à Montpellier, et qu'il le vit entouré d'ouvrages latins et de poésies frivoles, il les jeta impitoyablement au feu ; ce fut avec beaucoup de peine que le jeune homme put sauver des flammes un Virgile et quelques traités de Gicéron.

Il fut envoyé à Bologne pour y suivre avec plus de fruit le cours de droit si mal commencé, mais il eut là pour

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maître Gino de Pistoie, qui jugeait que la poésie n'est pas incompatible avec Fétude des lois ; Pétrarque admira plus les sonnets de Tillustre professeur que la solidité de son enseignement juridique , et quand il revint à Avignon, la mort de son père lui permit de suivre sans contrainte son penchant pour les lettres.

Pétrarque avait vingt-trois ans (1327) quand il vit pour la première fois, dansFéglise Sainte-Glaire d'Avignon, la femme qu'il devait immortaliser par ses chants. C'était la belle Laure de Noves, mariée à Hugues de Sade, et qui devint mère de onze enfants ; elle fut pour le poète l'objet d'un amour idéal et mystique, aussi pur, aussi élevé qu'il fut durable. Cette passion n'a pas le caractère éthéré, extatique , de celle de Dante pour Béatrix ; elle a un côté terrestre, sensible, réel; ce qui ne l'empêche pas d'être poétique ; le sentiment est vrai , mais la poésie l'épure et le transforme. Pétrarque survécut à celle qui en était l'objet» et quand elle eut succombé à la peste de 1348, il continua de la chanter, trouvant même dans ses regrets et dans les espérances éternelles, des accents plus vrais, plus élevés, plus poétiques que dans la peinture des perfections idéales dont il avait orné l'objet de son culte.

Tant que Laure vécut, Pétrarque quitta peu sa charmante vallée de la Sorgue, et la belle fontaine de Yaucluse, à quatre lieues d'Avignon ; il y passa seize années, occupé d'études sérieuses, plongé dans les recherches de l'antiquité, et cultivant en même temps le sonnet, la cantone, où il épuisait les perfections de son style ainsi que celles de l'idéale beauté dont son Ame était éprise. Ses sonnets sont au nombre de trois cent dix-sept , et contiennent les mille détails, souvent puérils, de cette passion, dont la constance est le trait le plus honorable. Mais quel intérêt

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