‹ Histoire des littératures étrangères (volume 2)Chapitre 27 sur 300 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

peavent avoir pour nous ces soupirs, ces souffirances» ces déceptions , ces désespoirs causés par une passion si subti*^ lement analysée; ces extases sur les yeux, les mains, le geste, le sourire; ces jeux de mots perpétuels entre Laure et le laurier (lauro)^ la brise iyaura], Y or de ses che* Yeux (Yaureo erme) ; et ce gant tombé qui à lui seul est célébré dans quatre sonnets ? Tant de recherches font tort au sentiment vrai , qui s'y trouve au fond , car les larmes se mêlent aux soupirs ; mais le goût français répugne à ce mélange, et l'abus de l'esprit paralyse notre émotion. Il n'en était pas de même sans doute pour les Italiens du quinzième siècle : le poète se conformait à la mode de son temps, et c'est sa meilleure excuse; mais son autorité fit école , et la fadeur régna pendant longtemps sur la poésie italienne.

Pétrarque comprit lui-même ce qu'il y avait de faible et de puéril dans ces compositions, et l'aveu qu'il en fait est bon à constater : c Je remplissais, dit-il, l'air et les vallées de mes plaintes, que quelques-uns trouvaient aimables; c'est l'origine de ces poésies vulgaires de ma jeunesse, dont à présent je rougis et me repens. »

On s'accorde à donner la préférence aux canzotU sur les sonnets; là, le poète a ses coudées plus franches; il n'est plus renfermé dans les limites rigoureuses des quatorze vers que ne peut dépasser le sonnet, et la fadeur de la passion y fait place souvent à des sentiments plus élevés, plus naturels; le patriotisme y a de nobles accents, quand il dépeint éloquemment la gloire et les malheurs de Tltalie, et qu'ébloui un instant par les tentatives de Rienzi pour rendre à Rome son indépendance, il s'adres^e à ce tribun d'un jour, dans lequel il avait cru trouver un libérateur. Les plus belles pièces du Canxanicre sont celles où il oublie m. i

Laure pour célébrer d'autres objets : telle la canzone si éloquente où il invoque la paix pour l'Italie :

Italia mia, benche '1 parlar sia indarno...

6t la dernière, adressée à la sainte Vierge, digne couronnement de son œuvre.

Pétrarque rêva aussi la gloire épique : lui qui professait pour Dante une sorte de dédain où perce la jalousie, et qui ne voulait pas lire la Dwine Comédie, parce qu'il avait, disait-il, un poème en tète> et qu*il craignait de devenir involontairement plagiaire^ il essaya une épopée morale où l'imitation de Dante est visible ; il l'intitula les Triomphes (/. Trionfi), et y peignit, sous des formes allégoriques, les difiérentes phases de la destinée humaine : l'amour triomphe de la jeunesse, puis la raison triomphe de l'amour ; plus tard vient le triomphe de la mort, laquelle est vaincue à son tour par la renommée ; mais le temps triomphe de cette dernière , et l'éterpité finit par triompher de tout le reste : Dieu est le maître souverain, à lui seul appartient le triomphe suprême. Autant l'allégorie de Dante est vivante et forte, autant celle de Pétrarque est froide et banale : il ne soutient pas la comparaison , et ses bagatelles de jeunesse , ses poésies lyriques en langue vulgaire resteront toujours son principal titre à la renommée ; c'est là qa'il a excellé par la délicatesse et la variété du style, par la richesse des images, par la pureté et l'harmonie de la versification ; c'est là qu'il a été vraiment créateur, en donnant à la langue poétique cette noblesse, cette grâce mélodieuse dont il est le plus parfait modèle. Mais aussi n'a-t-il pas atteint ce but anx dépens de la force, de la vérité, qui depuis a presque toujours manqué à la poésie italienne, Bialgrë le grand exemple donné par Dante

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