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CHAPITRE SIXIÈME

de ses pièces; elles manquent d*art et de style, mais non point d'originalité.

José eut des imitateurs. Sylverio da Sylveira e Sylva mit dans ses pièces un peu plus de régularité : son Inès de Cattro, en trois actes, est une tragi-comédie; elle se termine non par la mort, mais par le couronnement d*Inès.

La vraie comédie populaire se retrouve dans les inter* mides, qui n*ont rien de commun avec les imitations classiques ; c*est là qu*il faut chercher le véritable esprit national» dans l'expression naïve de ses goûts, de ses passions, de ses habitudes. Les recueils de ces pièces, trop négligées et oubliées, méritent pourtant l'attention du critique qui veut se rendre compte du véritable caractère'de la nation, car on y trouve plus de vérité et de spontanéité que dans les œuvres savantes des écrivains qui visaient à Télégance classique.

Gorrea Garçao, cet élégant disciple d'Horace dont nous avons parlé, ne visait & rien moins qu'à relever le théâtre de sa torpeur, en le ramenant aux règles d'un art délicat et épuré. Sa première pièce, le Nouveau Théâtre, a une portée satirique et littéraire; il y raille avec esprit et agrément les mauvaises pièces qui corrompaient le goût, et particulièrement le théâtre de José. Sa seconde pièce, ï Assemblée [Partidà]^ est une satire de mœurs, un petit acte fort bien tourné, où il verse le ridicule sur ces soirées, ces réunions, qui étaient la passion du moment, et où la misère se plaisait à se déguiser sous le couvert d'un luxe d'emprunt.

Diniz da Cruz n'a fait qu'une comédie, le Faux HéroUme, mais elle est excellente et établit fort bien la supériorité du mérite personnel sur celui qui est dû au hasard de la naissance.

Dans le genre classique, tel que Ta créé Tesprit français, deux auteurs, Pedegache et Quita, composèrent ensemble une Hermione et une Inès de Castro. — Une autre Inès est due à la plume de Nicolas Luiz. — La comtesse de Vimieiro se fit une réputation assez brillante par sa tragédie A^Osmia, qui passa pour la meilleure des temps modernes, et qui fut couronnée en 1788 .par TAcadémie; on y remarque une certaine vivacité de passion jointe à la délicatesse des sentiments. — Mais on s*accorde aujourd'hui à donner la palme à la Nova Castro de J. B. Gomez, à cause des situations touchantes et de Fintérèt qu*on y trouve, en même temps que de ses rares qualités de style. Néanmoins le sujet si national d'Inès n*y est pas traité avec une observation exacte de la couleur locale et de la vérité historique; on y voit un reflet du théâtre grec, à travers le prisme de Fart français.

Le Théâtre tragique de Pimenta de Aguiar contient un assez bon nombre de pièces conçues aussi d*après les données de notre théâtre; pourtant il se rattache à Tesprit national en prenant le plus souvent ses sujets dans les annales du pays. Cet auteur ne manque ni d'originalité ni de noblesse, mais son style est défectueux, et il se sert mal du dialogue.

Il faut rendre hommage en passant aux travaux de l'Académie des sciences, qui a rendu, depuis un siècle, de grands services au développement intellectuel de la nation. Elle fut fondée par les soins du duc de Laroens, oncle de la reine Marie I". Ce prince avait passé vingtquatre années à voyager à travers l'Europe et l'Asie. Doué d'un esprit droit, d'un grand sens d'observation, il avait beaucoup appris, et, en créaivt TAcadémie portugaise, il voulait former un centre d'études propre à encourager

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