CHAPITRE SIXIÈME
des affaires étrangères au Brésil, et qui traduisit plusieurs poésies de Dryden et de Gray ; l'autre, de Brito, séjourna longtemps en France, écrivit dans la Biographie utUvenelle, et contribua à faire connaître la littérature de son pays par son Caîq> d^œil sur la liitéralure portugaise.
Maximiano Torrës resta fidèle à YÉglogue nationale : on sait qu'en Portugal, c'est ce fonds qui manque le moins; mais au moins il se rattacha aux meilleurs modèles du Portugal et de l'Espagne, avec des réminiscences de l'antiquité; il conserva ainsi une élégance classique, une pureté délicate, à laquelle il ne manque qu'une verve plus puissante pour le placer dans les premiers rangs des poètes nationaux. Il était un des membres les plus distingués des Arcades, où il prenait le nom A*Al/ano Cinthio.
Sous le nom d'Elpino Duriense brillait à la même académie Antonio Ribeiro dos Santos, qui montra une louable ardeur pour la réforme du langage et le retour à la noble pureté classique. Tous ses ouvrages portent le cachet d'un goût ferme et délicat; sa traduction d'Horace jouit d'une réputation méritée.
L'épopée, si chère aux poètes portugais, n'a pas été abandonnée par les auteurs modernes, quoique le souffle épique s'accommode mal avec les tendances pratiques et utilitaires de la génération moderne.
José Agostinho de Hacedo offre quelques' rapports, dans sa verve féconde, avec son homonyme du siècle précédent; il s'est essayé dans la plupart des genres, en prose comme en vers. Il a refait le sujet des Lunades dans son épopée rOrient, mais sans parvenir à la hauteur d'inspiration de Gamoêns ; il a prouvé une fois de plus que les règles et la critique ne suffisent pas pour créer un poète. Pourtant son poème révèle un talent supérieur; la noblesse
et l'énergie ne lui manquent pas; l'action est conduite avec goût et sagesse; les Portugais le citent comme le meilleur poëte de l'époque actuelle.
La même élévation de pensée, la même richesse d'imagination et de style se retrouvent dans deux autres poèmes de cet auteur : la Méditation et Newton,
Les Géargiques portugaises de MaUzinho d'Albuquerque sont d'une élégante versiflcation, et renferment de gracieux tableaux, des descriptions brillantes, mais rien de bien neuf dans ce genre où Virgile et Delille lui offraient des modèles plus faciles & suivre qu'à égaler.
Nous mentionnerons encore dans le genre épique la Zarguéide de Médina e Yasconcellos; il était de Madère, et chantait la gloire du navigateur Zargo ou Zarco, lequel a découvert cette tle; — YAffonsiada d'Osorio da Pina Leitio, qui a- pour sujet la fondation de la monarchie portugaise; — la Bragancéide de Garvalho Moreira. — Si le génie épique du Portugal se jugeait par le nombre de ses œuvres, aucun peuple, dans ce genre, ne pourrait rivaliser avec lui.
Que devient le théâtre dans celte demi«-renaissance des lettres portugaises ? Il fait aussi des efforts pour sortir de ses ruines et de sa sujétion à l'art dramatique espagnol. Jean Y fifvenir à Lisbonne un opéra italien, que ses libéralités firent réussir. Un juif nommé Antonio José adapta à ce théâtre des pièces de sa composition, espèces d'opéras-comiques dont la verve im peu grossière, mais animée d'une vraie gaieté populaire, plaisait singulièrement à la foule; mais José fut victime, en 1745, du dernier aaioda-fi que l'on ait vu en Portugal , et sa mort ruina le spectacle dont il était l'àmc. On a conservé quelques-unes