CHAPITRE SEPTIÈME
l'Espagne et de Don Pedro, son frère. Dona Maria reprit le pouvoir, et s'y maintint jusqu'à sa mort en 1855; mais le pays n'en fut pas moins agité par des luttes et des compétitions de partis, qui portèrent atteinte & sa prospérité renaissante.
Il faut pourtant signaler un progrès réel dans le développement national. Les écoles se sont multipliées; l'instruction s'est répandue. Pedro Y, fils de Dona Maria, pendant un règne trop court pour le bonheur du Portugal, accomplit d'heureuses réformes; il fonda cinq chaires à Lisbonne pour l'enseigi^ement supérieur de l'histoire, de la littérature et de la philosophie. Prince instruit, éclairé, il surveillait lui-même les écoles qu'il avait fondées dans les palais de Mafra et de Nécessitades.
Il nous reste à mentionner les écrivains principaux de l'époque contemporaine dans une revue rapide et succincte. Si le nombre en parait peu considérable, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une nation qui compte moins de quatre millions d'habitants, et que son développement intellectuel a été entravé par un concours d'événements défavorables. Mais le Portugal jouit aujourd'hui d'un calme, d'une sécurité qui lui ouvrent les horizons d'un meilleur avenir; il ne peut manquer d'en profiter pour marcher sûrement dans la voie du progrès auquel le convient les hommes éminents de la nation.
Francisco Lobo, évèque de Yiseu, doit être cité comme le meilleur écrivain de cette période de transition. Ministre de don Miguel, théologien profond, savant littérateur, il y avait en lui l'étoffe d'un Joseph de Maistre. Il n'a laissé que des études incomplètes, des esquisses; mais la pensée en est vivante et forte, la forme excellente. Rien de mieux écrit que son Essai sur fret Luix de Sauxa, son Mémoire sur
Camoënt, sa Vie du duc de Cadavalt ce sont des modèles de
composition, des chefs-d'œuvre de style.
Le rénovateur de la poésie portugaise fut Almeida Garrett. Après avoir fait une tragédie classique, CaUm, calquée sur celle d*Addison, et versifié quelques chants, à rimitation de Manoel de Nascimento, il salua la muse romantique de Byron et de Lamartine, qui devinrent ses inspirateurs, ses modèles. Voici son adieu au Parnasse antique :
c Idoles dorées d*Ascra, agréables fictions de la Grèce poétique, qui m'avez charmé da^s mon enfance et dans ma jeunesse, adieu, adieu pour toujours! Je m'envole vers d'autres pays, vers d'autres hémisphères, vers d'autres autels, vers d'autres dieux. »
Un roman en vers, Dona Bianca, fut le signal de cette évolution du poëte. On y sent Finfluence de Walter Scott et de Byron; mais le sujet est national, et les tableaux, les sentiments sont relevés par une riche poésie. L'auteur fut salué par une admiration unanime. Son talent parut faiblir dans un second poème sur Gamofins, mais il se releva dans Adoxinda, légende intime et charmante, d'une poésie harmonieuse et d'un intérêt dramatique.
Après un recueil de poésies lyriques qui ajouta à la gloire de son nom, Garrett devint député, ministre; mais il trouva du temps pour écrire des pièces de théâtre qui furent jouées avec un grand succès : Un Auto de GU Vicenie, ÏAlJageme de Santarem, Luiz de Souxa. Ce dernier drame est le meilleur; l'intérêt en est vif et les caractères bien dessinés. JLa prose de Garrett ne vaut pas ses vers; son roman VArco de Sania-Anna en est la preuve, quoiqu'on y puisse louer une peinture exacte des mœurs du quatorzième siècle.