CHAPITRE DIX-SEPTIËME
depuis sur cette période historique si longtemps méconnue. Hallam a réhabilité le moyen ftge ; il a montré que le régime féodal était un progrès moral dans Fhumanité, une initiation à ridée du devoir, à la notion du droit, à l'esprit de liberté, au lieu d'être, comme le croient encore certains esprits ignorants et prévenus, le triomphe de l'oppression et de la barbarie. Augustin Thierry, disciple de HalIam, n'a fait que développer et poursuivre les idées de son maître. V Histoire constituiianneUe éT Angleterre embrasse trois siècles des annales anglaises, depuis Favénement d'Henri YII ju^u'à la mort de George II (1760); c'est aussi un remarquable ouvrage, plein d'intérêt et d'utilité. Ce qui distingue cet historien, c'est un esprit impartial, un jugement solide, uni à une vaste érudition; il est net, méthodique, clair et simple, et Te style est à la hauteur de la pensée.
Sir Thomas Erskine May a continué YHittoire conslitu- HùnneUe de Hallam, en la prenant au point où celui-ci l'avait laissée, en sorte que ce grand travail est aujourd'hui complet et sans lacune. 11 est également l'auteur d'une Histoire de la démocratie en Europe,
Hacauley (1800-1859) est fils du célèbre abolitioniste de ce nom, ami de Wilberforce. D débuta dans la littérature par des Etudi de critique et de poésie insérés dans les journaux. Son article sur Milton, dans la Revue d'Édimbourg, puis VEssai sur Machiavel attirèrent sur lui l'attention. Les v?higs le firent nommer au Parlement, où il se distingua parmi les plus éloquents orateurs dans toutes les discussions importantes. Nommé membre du Conseil suprême de Calcutta, Macauley fit un séjour de cinq années dans rinde, et y travailla à un nouveau Code, mais il continuait d'envoyer des articles remarquables & la Rwue
S6t LITTÉRATURE ANGLAISE.
d^EdimbmÊrg; il y composa aussi ses admirables études SOT Clne, Bûcom. Wmipoie, Ckmimm, Warren-HmsUngt, qui sont autant de chefs-d'œuvre.
A son retour, Macauley reprit sa carrière politique, sa place au Pariement, et ses grands travaux historiques, dont le principal fut son Hislmrt d^Angleierre. Les deux premiers volumes parurent en 1848, les deux suivants en i8S5, et le dernier après sa mort. Malgré son zèle infatigable, il ne put achever son oeuvre, qu*il espérait conduire jusqu'à la période contemporaine. Le succès éclatant qui accueillit ce grand travail fut récompensé par un honneur que jamais homme de lettres n*avait reçu en Angleterre, celui de la pairie; on y ajouta plus tard une tombe à Westminster.
Ce n'était que justice : rhistorien avait usé et abrégé sa vie dans un pénible labeur de recherches et d*études ; il avait doté son pays d*un de ces ouvrages qui font honneur àTesprit humain. Penseur solide, judicieux, profondément érudit et maître de son sujet, Macauley réunit toutes les conditions d*un grand historien. Sa langue est ferme, pure et correcte ; à Téclat de la forme, il joint la vigueur et la fécondité de la pensée ; son accent est énergique et convaincu. Sa narration marche avec un mouvement égal ; vn souffle éloquent l'anime, et quand il discute, c'est pour emporter la conviction par une série d'arguments irrésistibles. L'élan n'est pas fougueux; il est contenu dans les bornes du genre, mais il se fait sentir par la force entraînante des faits et des preuves, et la passion de la vérité se communique de Fauteur au lecteur.
Macauley est de l'école philosophique de Bacon : il ne voit dans la science que les faits et leurs conséquences ; il évite les abstractions et les théories ; s'il raisonne, c'est