CHAPITRE DÎX-SEPTIÈME
pour prouver au moyen des fails, et aussi pour en faire ressortir le côté moral. En politique, il est libéral et whig ardent : c*e8t là sa passion la plus vive. Son histoire commence à l'avènement de Jacques II : son but était de raconter l'établissement de la Constitution anglaise, objet de -son admiration, et de grouper tous les événements autour de ce fait capital. Il ne se borne pas, comme beaucoup d'historiens, suiiout dans l'école ancienne, à raconter l'histoire des gouvernements, les événements politiques et militaires ; il embrasse, avec une merveilleuse habileté, tout ce qui se rattache aux idées, aux mœurs, aux sentiments de la nation. < Mon but et mes efforts, dit-il, seront de faire l'histoire de la nation aussi bien que l'histoire du gouvernement, de marquer le progrès des beaux-arts et des arts utiles, de décrire la formation des sectes religieuses et les variations du goût littéraire, de peindre les mœurs des générations successives, et de ne point négliger même les révolutions qui ont changé les habits, les ameublements, les repas et les amusements publics. Je porterai volontiers le reproche d'être descendu au-dessous de la dignité de l'histoire, si je réussis à mettre sous les yeux des Anglais du dix-neuvième siècle un tableau vrai de la vie de leurs ancêtres. >
Ce. plan, Macauley l'a exécuté à la lettre; rien n'est omis; letableau est vivant, varié, complet; tout marche de front, sans confusion, sans encombre; l'abondance des détails ne nuit pas à l'ensemble, et de cette variété, ménagée avec art, nait un intérêt soutenu. Cet élément pittoresque est le côté le plus saillant de cette histoire, et celui •qui, en stimulant la curiosité, a le plus contribué à son prodigieux succès. C'est aussi le côté poétique du récit, et Macauley définissait l'histoire < un composé de poésie et
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de philosophie ». Sous ce dernier rapport, il n*est exempt ni de préventions ni de préjugés, et le poète fait tort auphilosophe, en transformant ses impressions en jugements. Son héros est Guillaume III, son idéal la révolution de 1688, et il y aurait beaucoup à rabattre de Tadmiration qu*il porte à l'un comme à Fautre. Mais pour l'Angleterre protestante cette flatterie est un mérite de plus. Il faut laisser au temps le soin de remettre tout à sa vraie place ; mais cette histoire n'en restera pas moins un monument durable, sous le rapport de la narration et du style. Ce n'est pas le style que l'on peut louer dans les ouvrages de Thomas Garlyle (1795-), auteur d'une Histoire de Im Révolution française et d'une Histoire de Frédéric le Grand, car il est heurté, incorrect, obscur, suchargé d'images, et visant à l'effet par Tétrangeté de la forme. C'est un esprit hardi, paradoxal, sceptique, admirateur de Schiller dont il a écrit la vie, disciple de Fichte en philosophie; du reste fort indépendant, poursuivant avec une amertume sati*rique les préjugés et les institutions de son pays, et ac-
quérant malgré tout une véritable influence. Carlyle est pénétré de germanisme : ses idées, ses formules, son style, tout porte cette empreinte d'outre-Rhin. Les questions sociales ont été l'objet de ses méditations, et son pamphlet sur le chartisme est une étude approfondie des matières qui touchent au paupérisme, au travail et aux tendances des classes inférieures. D'autres écrits du même ' genre, le Passé et le présent, les Pamphlets du dernier jour, sont de rudes avertissements donnés à l'aristocratie anglaise et à cette société peuplée, dit-il, de laquais, dont il ne ménage ni les vices ni les travers. Son Histoire de la Révolution française est un tableau animé, dramatique, qui frappe par le pittoresque des scènes et la vivacité des cou-