CHAPITRE DEUXIÈME. 30a
sans doute de ne pas énumérer les noms et les œuvres : trop d'exactitude entraînerait trop d'ennui.
Nous citerons pourtant les Poésies hollandaises de Constantin Huygens, père du mathématicien de ce nom; les Poésies diverses de Jean Six de Chandelier, qu'il ne faut pas confondre avec un de ses parents, poëte tragique ; le poème de Jean Antonidès, intitulé Ystroom, c'est-à-dire la Rivière de VY, en quatre chants; ce poème, fort estimé en Hol* lande, est une description de la rivière sur laquelle est bâtie Amsterdam ; c'est de plus une glorification mythologique de la ville, de la nation, de sa puissance maritime, de la prospérité, de la grandeur du pays dont Amsterdam est l'âme et le centre.
Dans le genre historique , en langue hollandaise, Gérard Brandt (1C26-1685) a écrit avec élégance Y Histoire de Us Réformation hollandaise, la Vie de Ruyter et le Procès de Bameveldt, ouvrages consciencieux qui ont valu à l'auteur une renommée méritée.
Nous terminerons le dix- septième siècle parles ouvrages d'érudition en langue latine, qui occupent toujours une large place dans l'histoire littéraire des Pays-Bas.
Le fameux Jansénius (1585-1638), évéque d'Ypres, qui donna son nom au jansénisme , était né dans la province de Hollande, mais il avait vécu à Paris vers 1605, et y avait connu l'abbé de Saint-Gyran, qui propagea autour de lui la doctrine religieuse dont ils arrêtèrent ensemble les bases. Reçu docteur à Louvain, Jansénius enseigna l'Écriture sainte à l'Université de cette ville, et se fit distinguer du gouvernement espagnol en soutenant activement sa politique et ses prétentions contre la France; il obtint en récompense l'évéché d'Ypres, et il commença dès lors ce grand ouvrage intitulé Augustinus, qui lui coûta
vingt années de travail, et qui ne fut publié qu'après sa mort. Ce livre renouvelait la doctrine hérétique de Luther et de Calvin sur le libre arbitre et la gr&ce divine. Jansénius prétendait reproduire les idées de saint Augustin sur ces questions théologiques; il avait lu et relu les ouvrages de ce grand docteur, notamment ses traités contre les pélagiens. Néanmoins, VAugustinus, condamné par le pape Urbain VIII, aurait pu dormir dans la poussière, si Tabbé de Saint-Cyran n'eût répandu en France la doctrine de son mattre, qui devint celle d'Antoine Arnauldet des solitaires de Port-Royal. Biaise Pascal leur prêta l'appui de son génie et de sa plume en écrivant les PravinciaUs contre les Jésuites représentés par Molina. Néanmoins les cinq proponiùmt, extraites du livre de Jansénius, furent condamnées à Rome, et Louis XIV, ennemi personnel des jansénistes, les poursuivit avec la dernière rigueur. Les Lettres de Jansénius à Saint-Cyran, trouvées chez ce dernier par la police française, furent publiées en 1654.
Hugues de Groot ou Grotius (1583-1646) fut un prodige de précocité : à huit ans, il écrivait des vers latins, et à seize ans, il avait composé des ouvrages d'érudition, de savants commentaires sur les auteurs anciens, des ouvrages latins, qui le placèrent au premier rang des écrivains de son pays. Il arriva rapidement aux charges et aux honneurs. Avocat à la Haye, historien des États de Hollande, puis député aux états généraux , Grotius se fit un ennemi du stathouder Maurice en prenant parti pour Bameveldt et les arminiens; ses biens furent confisqués, et il fut condamné à une prison perpétuelle; sa femme parvint à le faire échapper dans une caisse à livres , et il se réfugia en France, où Louis XIV lui fit une pension. Mal vu de Richelieu, il se rendit en Suède, et la reine Christine