CHAPITRE DEUXIÈME
diose : elle a pour sujet la chute de Satan, la lutte du ciel contre Tenfer; c'est le sujet du Paradis perdu de Milton, qu'elle précéda de plusieurs années. Enfin nous citerons JephU^ sujet biblique, pièce régulière, composée avec art; Vondel la préférait à toutes ses autres tragédies, dont le nombre s'élève à trente-deux.-
Vondel se fit catholique et consadra dès lors sa plume à de nombreuses poésies religieuses où il a trouvé une inspiration pleine de chaleur et de sentiment : telles sont ses CarUemplaêions sur Dieu et la Religion ^ ses Mystères de F autel, ses Psaumes. Ses Poésies lyriques et diverses méritent également l'admiration, de même que son poëme en six livres sur Saint Jean-Baptiste, et ses traductions d'Horace, d'Ovide et de Virgile.
Ses dernières années furent affligées par les dérèglements de son fils , qui le ruina ; il fut réduit à occuper pour vivre une petite place au Mont-de-Piété ; il mourut à quatre-vingt-onze ans, laissant la réputation, solidement établie, d'un des meilleurs écrivains de son pays.
Samuel Coster, qui inaugura le premier théâtre d'Amsterdam, composa pour la scène six tragédies et cinq comédies. Iphigénie, Polyxène, sont les meilleures dans le premier genre; dans le second, on distingue le Divertissement rustique. Le talent réel et parfois élevé de cet écrivain ne se soutient pas toujours; sa facilité l'entraîne et l'abuse.
Jacob Gats (1577-1660), le la Fontaine hoUandaU, est le poète le plus populaire des Pays-Bas; le peuple a fait une «orte de manuel de son livre de Fables, et l'appelle familièrement le Père, le BonrHomme. C'était pourtant un assez grand personnage : il fut ambassadeur d'Angleterre et grand pensionnaire de Hollande ; mais quel honneur est
comparable à celui d*ètre lu, aimé, admiré d*une nation entière, depuis Thumble chaumière jusqu*au palais; d'amuser, d*intéresser des milliers de lecteurs d'une génération à l'autre, et de semer dans les cœurs une morale aimable, sous les traits riants de l'imagination poétique? Le recueil des ouvrages de Gats est intitulé Bible de la jeurne$$e, BibU des paysans, et il trouve place dans toutes les bibliothèques, comme un fonds de lecture inépuisable. Outre ses Fables, qui sont charmantes de naïveté et de simplicité, il y a des Chansons, des Idylles, des Poèmes/ l'un roule sur la Vie champêtre; un autre, en six chants, peint sous la forme de petits romans dialogues la Jeune Fille, la Fiancée, la Mère, la Veuve; c'est la vie entière de la femme dans ses phases diverses; ailleurs il traite Y Anneau nuptial, l'aventure d'Emma et d^Éginhard; puis il se peint lui-même sous le titre de Vie de quatre-vingt^eux ans, qui marque le terme de sa longue et laborieuse carrière.
Gats ne vise pas très-haut, quoiqu'il sache s'élever au besoin : mais il allie la raison au sentiment; il connaît le cœur humain et le peint avec vérité. Imagination facile, féconde, il a l'abondance un peu prolixe d'Ovide, des négligences, des répétitions, mais il est pur de diction, riche d'images, clair de style; il charme, il intéresse, il séduit : que lui demander de plus?
Les Hollandais appellent École t Amsterdam les écrivains qui ont suivi Hooft et Yondel; Gats est le fondateur de VÉcoU de Dordrecht : la première se distingue par l'élégance, la correction, la pureté : c'est l'école classique; la seconde, qu'on pourrait appeler romantique, recherche l'énergie, le naturel, la simplicité, et fait moins de cas de la forme. Ghacune de ces écoles compte d'assez nombreux adeptes, d'un mérite secondaire, dont on nous saura gré