INTRODUCTION
Les peuples de TEurope deviennent de plus en plus solidaires les uns des autres. Si la politique, ainsi que les barrières naturelles, les a trop souvent et trop longtemps divisés, la littérature doit tendre à les rapprocher, à les unir. C'est un centre commun vers lequel convergent toutes les intelligences, par les manifestations variées de la pensée et de Tart. Les intérêts, l'ambition, les passions, l'esprit de patriotisme peuvent produire des luttes et des secousses; mais l'esprit humain, qui est partout le même et procède de facultés identiques, ne s'arrête pas à ces obstacles; il plane dans des sphères plus hautes, où il est sûr de trouver le calme et la sérénité. L'inspiration a l'âme pour base, l'univers pour domaine, et son élan va de la terre au ciel.
Le génie n'a point de patrie : il appartient à l'huma-
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ni té. La Grèce et Rome ont disparu comme nations, mais leurs créations immortelles , dans les arts et les lettres 9 ont survécu et font toujours l'objet de nos études comme de notre admiration. Homère , Dante, Shakspeare, sont des astres qui éclairent le monde et le réchauffent de leurs rayons, partout où se trouvent des âmes capables de comprendre et de sentir leurs nobles inspirations.
De nos jours, les peuples vivent pour ainsi dire de la même vie et des mêmes pensées. Le christianisme a formé leur premier lien; la civilisation, le progrès les a placés à peu près au même niveau intellectuel; l'industrie, le commerce, les échanges, facilités par des communications rapides, incessantes, ont établi des relations qui profitent à tous. Les différentes langues ne sont plus des barrières : chacun cherche à s'approprier celle de ses voisins, pour en tirer un parti utile. La langue française conserve sa prépondérance séculaire, et sert toujours de trait d'union entre les divers idiomes de l'Europe, mais nous commençons à comprendre plus que jamais le besoin de nous initier aux langues étrangères , et d'étudier les littératures des autres peuples; les programmes universitaires tendent à ce but, et la jeune génération aura sous ce r^apport un avantage marqué sur les précédentes. De plus, les œuvres remarquables de chaque littérature se transmettent d'une nation à l'autre par la traduc-
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lion; la curiosité, comme le goût, trouve dans ces rapides échanges une satisfaction légitime , et il en résulte pour cbacun une appréciation plus exacte des œuvres de l'esprit.
C'est là ce qui nous explique le besoin de plus en plus répandu de l'étude des diverses littératures. L'antiquité nous est bien connue : depuis trois siècles, l'érudition et la critique en ont sondé tous les arcanes, révélé tous les trésors et apprécié toutes les beautés ; mais ce n'est guère qu'au commencement de notre siècle que l'on s'est occupé sérieusement des littératures modernes, et que la France a porté ses regards sur les peuples voisins. Des maîtres illustres, comme Sismondi, Fauriel, Villemain , Ampère, Saint-Marc Girardin, Ozanam, ont ouvert la voie par de savantes et éloquentes leçons; de nombreux disciples, formés à leur école, ont continué ce labeur utile, les uns dans nos chaires de facultés, les autres dans la presse et les revues littéraires. Il en est résulté d'excellents et nombreux travaux, dont l'énumération seule pourrait effrayer plus d'un lecteur, s'il se croyait obligé de les lire tous pour se mettre au courant des littératures étrangères.
L'ouvrage que nous offrons aujourd'hui au public a pour but de faciliter cette étude, en présentant, dans un cadre restreint et méthodique, l'ensemble des diverses littératures de l'Europe, la France