‹ Histoire des littératures étrangèresChapitre 130 sur 205 · CHAPITRE QUATORZrÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZrÈME

qu*uQ intérêt secondaire, mais quel effet foudroyant produisit en Allemagne cette guerre de coups d*épingle dirigés contre les médiocrités littéraires et les écrivains à prétentions ridicules ! Ce fut un lolU général, au moins de la part des victimes, car le public en riait de bon cœur : la malice, année de bon sens, ne manque jamais son effet.

Dans la poésie lyrique, Gœthe est, comme partout, au premier ran<;; il possède à un haut degré ces deux qualités réunies que madame de Staël indique comme étant propres à la nation allemande : Timagination et le recueillement contemplatif. Elle ajoute que les Allemands ont beaucoup d'audace dans les idées et dans le style, mais peu d'invention dans le fond du sujet : cela est encore applicable aux poésies lyriques de Gœthe. Il ne s'ingénie point à trouver une matière; il attend qu'elle se présente d'elle-même; une fois Timpression produite sur son âme, son ima.^ination est toute prête à réagir pour la féconder, et la poésie jaillit comme de source sous une forme qui est toujours en harmonie avec le sujet : il y a dans cette âme puissante une double faculté, celle de l'émotion poétique, qui la pousse à créer, à produire, et celle de la réflexion, qui domine et modère l'autre, comme le frein tempère l'ardeur du coursier. Ainsi maître de lui-même, Gœthe peut donner à ses œuvres cette forme exquise, délicate, ce goût pur, cette perfection que personne n'a surpassée. Dans sa jeunesse, Gœlhe pouvait improviser avec une merveilleuse facilité, témoin cette anecdote, racontée par Gleim, à l'occasion d'une visite qu'il faisait à Weimar chez la duchesse Amélie. Gleim était occupé à lire devant cette princesse quelques passages de YAlmanach des Muses, quand un jeune homme, dans la société, lui offrit

de le remplacer pour la lecture. < Tout à coup, dit Gleim, rînconnu se mit à improviser des poésies qui n*étaient point dans YAlmanach; il passa par tous lestons et tous les genres : hexamètres, iambes, rimes, tout ce qui sej>résenlait, tout, pèle-mèle; il secouait la branche, et les fruits tombaient. Quelles inspirations! quels heureux caprices! II lui échappait souvent des traits sublimes, dont les auteurs auxquels il les attribuait auraient rendu grâces à Dieu, s'ils les avaient trouvés à leur pupitre. Il trouva quelque chose à l'adresse de chacun. Il loua la bienveillance avec laquelle je me faisais le Mécène des savants, des poètes et des artistes naissants; mais il me fit entendre par un apologue en rimes improvisées que la poule d'Inde, qui couve patiemment ses œufs et ceux d'autrui, laisse parfois glisser sous ses ailes un œuf de craie au lieu d'un véritable.

— C'est Gœthe, ou le diable! dis-je à Wieland.

— C'est l'un et l'autre! me répondit-ii en souriant*. » Los poésies de Gœthe sont la partie de ses œuvres la plus

goûtée en Allemagne; la plupart sont devenues populaires, et toutes les langues les ont traduites. Qui ne connaît pas le Roi des Aulnes, la Chanson de Mignon, le Roi de Thulé^ la Fiancée de Corinihe, le Plongeur, V Élève du sorcier j etc., ces perles de la poésie nationale? Quel écrivain a mis dans ses œuvres plus de variété , de profondeur, d'imagination , de couleur locale? Quel poète a été plus complet, dans les petits sujets comme dans les grands ? Citons d'abord la ballade célèbre du Roi des Aulnes, « Qui chevauche si tard à travers le vent et les ténèbres ?

' Histoire de la littérature allemande, par HBimuGH, tome n, p. 524.

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