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CHAPITRE QUATORZIÈME. t

Nous voilà donc bien avertis. Le dieu , du haut de son trépied, rend des oracles et n'en doit pas compte. On sait que le Second Faust ne parut qu'un peu avant la mort de l'auteur, qui a^ait voulu en faire comme le testament de sa pensée.

Dans celte seconde partie, on voit Mépbistophélès et Faust reparaître à la cour de Tempereur. Faust a calmé ses sens au sein des harmonies de la création; il veut vivre et jouir encore de la vie. 11 se fait passer pour un savant illustre, tandis que Méphistophélès remplace le fou de la cour qui a disparu. Comme le souverain abesoin d'argent, Méphistophélès ramène l'abondance et la gaieté à la cour en créant du papier-monnaie qui remplace l'or. C'est une parodie assez curieuse du système de Law.

Mais Faust a toujours soif de Tinfini. Au moyen d'une clef magique que lui donne son guide, il s'élance dans l'espace, hors du fini, et attire à lui les owJrw. L'idéal qu'il clierche, il le trouve dans Hélène, la beauté la plus renommée des temps antiques; la chaîne brisée des siècles se renoue pour elle ; une existence nouvelle lui est donnée ; elle devient la femme de Faust. De cette union du génie et de la beauté naît un fils, Euphorion, dont la destinée est courte; il veut tout savoir, tout comprendre; il s'élance de la terre, gravit les sommets, cherche, comme Icare, à conquérir l'empire des airs ; mais son vol ne peut se soutenir; il tombe mort aux pieds de ses parents. C'est Tallégorie du monde moderne, dans ses aspirations impuissantes. A ce moment, Hélène disparaît, et retourne au séjour des ombres. Faust est transporté au sommet d'une montagne, encore ébloui des visions perdues, mais toujours avide d'expériences nouvelles. Méphistophélès a de la peine à satisfaire cet insatiable besoin. Faust demande la

gloire, Faction; il revient parmi les hommes; il porte secours à l'empereur attaqué par de nombreux ennemis ; il les disperse à Faide de sa puissance magique, et obtient un royaume où il veut appliquer ses découvertes, ses plans de régénération. Mais rien ne lui réussit, parce qu'il a banni Dieu de son cœur. 11 devient vieux; le chagrin le dévore; une sombre tristesse Tenvironne; il chasse en vain les fantômes ennemis, il en est un qui se glisse près de lui, et qu'il ne peut conjurer, c'est le Souci. Le souci lui souffle au visage, et le rend aveugle.

Les Lémures^ amenés par Méphistophélès , creusent la fosse de Faust; l'heure fatale sonne, il tombe, et Méphistophélès s'écrie : « Tout est accompli! » Pourtant l'esprit du mal a perdu sa peine; l'âme de Faust lui échappe; une pensée divine a rempli ses derniers moments et a touché la miséricorde céleste. Les chœurs des anges la disputent ^ aux démons qui sont mis en fuite : YHosannah de triomphe résonne au haut des cieux. Trois grandes pénitentes, Madeleine, la Samaritaine et Marie l'Égyptienne, intercèdent pour le salut de Faust, et la souveraine du ciel, la Mère de douleurs, devenue la Mère glorieuse, accueille le pécheur repentant. Ainsi, après la pensée panthéistique qui domine dans son poëme, Gœthe revient, dans son dénomment, à l'idée chrétienne et catholique, celle de la miséricorde obtenue par la prière et l'intercession des âmes saintes. C'était sans doute une machine poétique plutôt qu'une conviction de son esprit, car de toutes les œuvres de ce grand génie, il ne résulte aucune affirmation positive, aucune conclusion doctrinale. Ce qu'il cherche, ce qu'il préconise, ce qu'il pratique, c'est l'action ; mais le doute, le peut-être plane sur sa vie comme sur ses œuvres, et s'il a remué bien des idées, s'il a exploré bien des hori-

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