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CHAPITRE VINGT ET UNIÈME. G

liberté, si le régime actuel est appelé à un triomphe définitif.

Nous avons vu le rôle qu'a joué la poésie dans le domaine de la politique depuis un demi-siècle; si elle y a gagné en influence et en popularité, on peut dire qu'elle y a perdu au point de vue de l'art; l'arène des passions est malsaine à l'inspiralion poétique ; elle n*a toute sa force et sa plénitude que lorsqu'elle plane dans les régions sereines de l'imagination, au-dessus des vulgaires préoccupations du jour. La poésie politique, asservie aux questions du moment, ne survit guère aux idées qui l'ont fait naître. La poésie humoristique, qui dut sa vogue momentanée au talent de Henri Heine, n'a produit que des imitateurs maladroits qui n'ont rien laissé dedurable. Stériles de leur nature, le scepticisme et Vironie ne peuvent prétendre à rien créer qui soit vraiment grand et beau. On peut en dire autant de la poésie philosophique, issue des systèmes modernes dont le dernier mot est la négation : la foi, qui transporte les montagnes, peut seule transporter l'âme du poëte dans des régions fécondes et créatrices : si l'abstraction est sèche et froide de sa nature, le néant l'est bien davantage : la poésie, comme la nature, a horreur du vide.

Cependant, à défaut de génie, l'Allemagne a des poètes de talent , qui trouvent dans le public une sympathie continue, tant le sentiment lyrique est inhérent au caractère de la nation ; le Lied y sera toujours populaire : c'est un besoin inné, un des éléments de la vie intellectuelle et morale. Cet instinct musical et lyrique est si puissant qu'il soutiendra longtemps la poésie contre les atteintes de la décadence.

L'Allemagne subit en ce moment une transformation qui

marquera dans ses destinées historiques. Toujours hostile

à la France, elle a chanté pendant trente ans le Rhin aile--

nuitid libre de Becker , auquel nous avons répondu par des fanfaronnades du même genre (1). Mais tout en chantant, elle armait, et nous avons vu dans quelles proportions. Aujourd'hui qu'elle nous a repris nos conquêtes séculaires, et qu'elle a refait, au profit d'une dynastie nouvelle, le vieil empire germanique, on se demande si elle saura maintenir cette unité un peu factice , et si elle ne la compromettra pas par des tentatives de conquêtes extéiieures. Quoi qu'il en soit, nous ne voyons pas que son triomphe actuel ait inspiré à ses poètes aucun chant national digne d'attention ; cette satisfaction de son orgueil serait-elle troublée par des appréhensions pour la liberté rêvée par elle? L'avenir nous l'apprendra bientôt.

Parmi les jeunes poètes de talent de la génération actuelle, nous citerons quelques noms, sans nous hasarder à porter un jugement sur des renommées encore incomplètes. Fischer (1820), a fait des hymnes et des odes qui le rattachent à l'école souabe : ses essais dramatiques ont été remarqués. Stelter (1823), d'une naissance obscure, arriva à la renommée malgré la misère, et à force de persévérance dans le travail. Bank (1824), de Magdebourg connu par ses poésies et ses critiqués , Trœger (1826), Hamerling (1832), Hertz (1835), Scherenberg (1839) se sont fait un nom au delà du Rhin dans le genre lyrique.

Pfau a l'imagination jeune, ardente, et manie la langue poétique avec une remarquable dextérité ; mais un âpre naturalisme gâte son talent. Hermann Lingg a un souffle épique, des strophes inspirées, mais rien de complet. Geibel et Heise s'attachent à ciseler le style, mais la forme n'est pas tout : il y faudrait plus de pensée. Bodenstedt a une

* Le Rhin allemand, par A. de Musset.

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