CHAPITRE VINGT ET UNIÈME
leurs, un foyer d'immoralité, ou le véhicule des doctrines les plus perverses; le réalisme s'y est donné libre carrière, et l'afTaissement de nos mœurs doit être imputé pour une bonne part à ces lectures immondes, qui ont pénétré dans toutes les classes de la société.
En Allemagne, quand le romati déserte l'imitation et tend à reproduire le caractère national, il prend aussitôt une teinte rêveuse qui nuit à l'intérêt et au développement de l'action. La nouvelle, sous une forme plus simple, plus familière, convient mieux aux conteurs allemands; ils en ont un bon nombre qui sont charmantes et vraiment originales.
Preytag, dont nous avons parlé, reste toujours le maître du genre.
Karl Postel (1793), moine autrichien défroqué, fugitif en Suisse puis en Amérique , écrivit ses ouvrages sous divers pseudonymes, entre autres celui de Sealsfield. Ses ouvrages sont nombreux et variés : il écrivait en anglais aussi bien qu'en allemand : l'un d'eux, publié en anglais, Y Autriche telle qu'elle est, contient une satire très-vive de ce pays. Les Scènes de la vie des deux hémisphères, les Esquisses de voyages transatlantiques, sont des récits curieux et intéressants, soulevant de vives questions d'actualité. Le roman de Toheah parut d'abord en anglais, et plus tard en allemand.
Beaucoup de romanciers, dans le cadre de leurs récits, ont agité des questions sociales, philosophiques et religieuses, comme l'ont fait plusieurs de nos écrivains en France, avec plus de passion que de bonheur. C'est ce qu'on appelle en Allemagne des romans de tendances; Mûgge, Kûhne, Bitzius, sont les principaux écrivains de ce genre; le dernier, pasteur du canton de Fribourg, a mis
beaucoup de vérité et de charme dans ses peintures rurales, en même temps qu*il a su y répandre des idées morales et religieuses qui en font une lecture saine et fortifiante. Ses principaux ouvrages sont : le Miroir des paysans, un le valet de ferme et Uli le fermier, Souffrances et Joies d!un maître d^école. Scènes et Légendes de la Suisse,
Haeklaender (1816) laisse ses romans dans la fiction pure, et ils n'y perdent rien, grâce à la vérité des sentiments, au charme continu du récit, à l'art supérieur de la composition. Il n'y a guère de renommée mieux acquise et plus dignement soutenue en Allemagne dans un genre où il est si facile de s'égarer : on lit et on relira longtemps les Scènes de la vie militaire, les Aventures de corps de garde, les Rédts humoristiques, le Pèlerinage à la Mecque, et surtout les Histoires sans nom, où l'auteur s'est surpassé.
Otto Ludvig^ dans son roman Entre ciel et terre, a tracé d'une main sûre et hardie des scènes émouvantes, dramatiques, d'un grand effet.
La comtesse Ida Hahn-Hahn (1805) s'était déjà distinguée par la publication de plusieurs romans, comme la Comtesse Faustine, Sigismond Forster, Sibylle, etc., lorsqu'elle se convertit au catholicisme en 1850. Depuis lors sa plume fut consacrée à la foi qu'elle avait embrassée après de mûres réflexions. Ses poésies lyriques sont également dignes d'attention.