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CHAPITRE XXII

Érudition allemande. — Historiens contemporains. — Niebuhr. — Ranke. — Mommsen. — Curtins. — Duncker. — Wachsmuth. — Droysen. — Gervinus. — Hurter. — Gfrorer. — Raumer. — Humboldt. — Conclusion. — Vue générale sur la littérature allemande, sur les tendances politiques, sociales, unitaires , religieuses delà nation.

L'Allemagne est par excellence le pays de Térudilion : c'est une aptitude naturelle; la science y creuse à des profondeurs inouïes. Il y a des existences de savants qui s'usent dans des recherches obstinées sur une branche de connaissances, sur un point à éclaircir. La philologie n'a pas pour eux de secrets; l'histoire leur a livré tous ses mystères; ils s'enfoncent si bien dans les obscurités des siècles que souvent ils y voient ce qui n'y est pas, et les refont avec des théories et des symboles, fruit de leur imagination échauffée et surmenée. Niebuhr (1776-1831) est un exemple remarquable de cette rare aptitude à pénétrer et à deviner le passé, pour en tirer des conclusions conjecturales; son Histoire romaine, poussée jusqu'à la seconde guerre punique, met en poussière le récit de Tite-Live, et les sept premiers rois de Rome. La sagacité de sa puissante critique ne l'empêcha pas de tomber dans un scepticisme outré et de refaire ce qu'il avait détruit en employant des affirmations bien hasardées.

Léopold Ranke (1695) n'est pas seulement un érudit profond, un historien de premier ordre, c'est encore un grand écrivain; sa prose est un modèle de clarté, de précision ; qualités assez rares en Allemagne, où le prosateur

s'occupe plus de l'idée qu'il poursuit que de la forme dont il l'habille. Son érudition est profonde, ses aperçus sont neufs et pleins d'originalité. Professeur d'histoire à l'université de Berlin, Ranke se livre, depuis un demi-siècle, à ses études historiques, où il a acquis une autorité prépon* dérante. Les plus importants de ses nombreux ouvrages sont : les Papes romains au seizième et au dix-septième siècle; Histoire de 1^ Allemagne à V époque de la Réforme ; neufs livres sur Y Histoire de Prusse; Histoire de France au seizième et au dix-septième siècle; ce dernier ouvrage est considéré comme son chef-d'œuvre.

Mommsen (1817), tour à tour professeur à Leipzig, à Zurich, à Breslau et à Berlin, s'est surtout occupé de Y Histoire romaine, et en a fait un monument nouveau d'érudition, qui contredit sur bien des points le travail de Niebuhr : cela prouve qu'en histoire, tout n'est jamais dît, et que les recherches sur le passé^ n'ont jamais épuisé le champ de l'érudition.

Gurtius (1814), dans son Histoire de la Grèce, semble pourtant laisser peu de chose à découvrir aux érudits futurs, tant son récit est complet, tant il a pénétré les secrets de la civilisation hellénique, dont MûUer et Bœckh avaient déjà déblayé le terrain.

V Histoire de l'antiquité de Duncker est justement estimée. Wachsmuth (1784-1866) a laissé de grands travaux qui dénotent une vaste science : Y Histoire générale de la cimU" satioHj Y Histoire des mxBurs en Europe, Y Histoire de la guerre des paysans, Y Histoire de là nationalité allemande, etc.

Droysen (1808) , savant professeur, a écrit Y Histoire d'Alexandre, Y Histoire de l'hellénisme. Drumann, aussi professeur, a laissé une Histoire de la République romaine; fêter, une Histoire romaine; Schwegler, aussi une Histoire ro-

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