CHAPITRE DIXIÈME
onzième siècle, qui avait nié là transsubstantiation; il le publia avec d'autant plus de plaisir qu*il voyait un moyen de contredire à la fois les luthériens et les catholiques. Sa publication des Trésors de la bibliothèque ducale lui donna une occasion de se mettre en hostilité contre les dogmes révélés; c'est là qu'il édita plusieurs fragments de l'orientaliste Reimarius, qui attaquait l'Ancien et le Nouveau Testament au nom de la religion naturelle. Cela fit scandale, et le clergé protestant s'insurgea contre l'éditeur téméraire et sceptique; Lessing s'enflamma dans la lutte, et attaqué personnellement par le pasteur Gœtze, il dirigea contre lui tous les coups qui frappaient en même temps le corps entier des théologiens. De cette polémique acharnée sortirent onze pamphlets, connus sous le nom d'Anti- Gœize, où l'on trouve la verve puissante et l'ironie des Provinciales de Pascal ; mais Lessing sort parfois aussi du bon ton et de l'urbanité, ce que ne fait jamais l'auteur français : l'allemand a toujours une certaine lourdeur dans les coups qu'il porte. Gœtze soutenait pourtant la bonne cause ; il avait pour lui l'autorité dogmatique et les Livres saints; inais son raisonnement, lourd et pédanlesque, produisait peu d'effet sur les lecteurs, tandis que son adversaire, armé d'une fine ironie et d'une dialectique acérée, quoique fausse par la base, se donnait toutes les apparences du triomphe. Nous ne considérons, dans ces pamphlets antireligieux de Lessing, que le talent littéraire, qui est incontestable; car rien ne nous parait plus triste, au fond, que ces attaques à outrance contre la foi au surnaturel. Le scepticisme n'a jamais produit que les ténèbres, et l'âme humaine a besoin de foi, d'affirmation et de lumière.