CHAPITRE ONZIÈME
poète; il manque d'élan et d'inspiration . Il a célébré Frédéric II dans plusieurs de ses chants, et ce sont ses meilleurs morceaux. Il a réussi assez bien dans la cantate et ridylle; ses chansons ont eu aussi de la vogue.
Blum (1739-1790) est un imitateur de Ramier; ses poésies lyriques ont un caractère aimable et gracieux , un style élégant et pur. C'était une âme tendre, amie de la retraite et de la famille ; les critiques allemands l'appellent quelquefois le fainéant, sans doute à cause du calme qu'il chercha dans son existence. Il a fait aussi des Éjrigrammes, des Idylles, un drame intitulé : la Délivrance de Rathenau, et quelques ouvrages en prose.
Willamow (1736-1777), de Mohrungen, en Prusse, est l'auteur des premiers dithyrambes allemands, imités des anciens, avec tout l'attirail du désordre bachique; il a également réussi dans la fable.
Gaspard Lavater (1741-1801), de Zurich, tient une place assez distinguée dans la poésie mystique, quoiqu'il ne soit guère connu en France que par sa théorie physiognomonique, au moyen de laquelle il enseignait à connaître la pensée et le caractère de chaque individu. Celte science d'observation que Lavater possédait à un degré éminent, sans le rendre pourtant infaillible, tient plutôt à une certaine sagacité individuelle qu'à des règles déterminées; aussi est-elle entachée de bizarrerie et d'arbitraire; mais Lavater était évidemment de bonne foi; son imagination exaltée tendait à Tilluminisme; il arriva à croire que Jésus- Christ s'était identifié avec l'homme, et il disait sentir en lui-même cette identification ; c'était presque de la folie mais on est forcé de respecter sa charité chrétienne quand on le voit affronter la mort et recevoir une blessure mortelle sur le champ de bataille de Zurich, pendant qu'il pro-
diguait ses soins aux blessés. C'est dans la lecture de Klopstock que Lavater a puisé son inspiration poétique ; il a composé des Cantiques, les Chants nationaux de tHelvétie^, des pièces remarquables, telles que le Messie, Joseph d'Artmathie, le Coeur humain, etc.
Un autre illuminé, Stilling (1740-1817), dont le véritable nom était Henri Jung, s'est élevé parfois à la véritable poésie, dans ses élucubrations romanesques. Gœthe le connut à Strasbourg, et conçut pour lui une véritable estime, tant il lui trouva d'ardeur et de bonne foi humanitaire; il contribua même à le faire connaître, en aidant à la publication de son ouvrage. Jeunesse^ adolescence, voyages et vie privée de Henri Stilling, Dans ses rêves millénaires, il avait fixé la fin du monde à l'année 1836.
Ce genre d'exaltation romanesque et mystique était la conséquence de l'école de Zurich, et du grand succès de Klopstock : il y eut dans la jeunesse allemande une sorte d'épidémie de surexcitation rêveuse, fruit d'une imagination en délire. A cette fièvre de vagues et maladives aspirations, dont l'expression dernière est le Werther de Gœthe, et chez nous le René de Chateaubriand , il faut joindre la manie du ftar^/ùme, provoqué par l'admiration enthousiaste des poésies d'Ossian. Le jésuite Michel Denis, conservateur de la Bibliothèque impériale à Vienne, fit une traduction en vers du barde gaélique qui eut un grand succès parmi la jeunesse ; l'idée germanique se retrempait aux sources septentrionales, où elle trouvait une communauté d'origine et de sentiments. Michel Denis, dans son Ode à Klopstock, s'intitulait lui-même le barde du Danube; ses Chants du barde Sined (anagramme de Denis) renferment de vraies beautés, de même que les pièces composées en l'honneur de l'empereur Joseph II.