Bettinelli, Risorgimento cPItaliaf 1. 1^ c. m
dire que Frédéric ne voulut entendre à aucune concession, et que la décision des juges fut moins efficace pour abaisser son orgueil que la glorieuse bataille de Legnano.
Bologne fut le foyer où se ralluma l'étude du droit romain : la principale gloire en appartient à Imérius ^ Seul, «ans secours, sans autre instruction historique que la faible dose de connaissances qu'on possédait communément au douzième siècle, il se mit à lire et à méditer les textes. Ravenne, où les manuscrits antiques furent toujours assez nombreux, n'est pas éloignée de Bologne; c'est de là probablement qu'étaient venus la plupart des livres qu'il put se procurer, c'est-à-dire les Pandectes, le Gode, les Institutes,. les Authentiques^ et le travail de Julien^ Tout ce que nous connaissons de droit romain au delà de ces sources était alors profondément ignoré. Bientôt Irnérius se mit à enseigner ce qu'il avait appris ; de maître es arts il se fit docteur en droit et jurisconsulte. Il lisait publiquement les textes, les interprétait par do courtes remarques fiM)it exégétiques, soit grammaticales, qu'ion nomme gloses^ Ses disciples et ses successeurs suivirent et propagèrent cette méthode d'enseignement, d'où ils prirent le nom de glossateurs. Cette première école se termine par un nom autrefois glorieux : Accurse (1151-1229) réunit en un seul corps les gloses ou commentaires épars et souvent discordants de ses prédécesseurs. Il va sans dire qu'il ne faut chercher dans ce qui nous reste de ces commentateurs aucune connaissance ni de l'histoire ni des antiquités du droit. Leurs gloses sembleraient quelquefois ou puérilc" ou ridicules, si l'on ne songeait que, venus les premiers, et privés de tous les secours de l'érudition qui environne
]..Né vers 1065, mort après 1138.
2. En supposant qu*il né soit pas lui-même, ainsi qu*on Ta cru longtemps, l^auteur de cet abrégé des épineuses et bavardes Nouvelles , comme les appelle Gravina.
et accable leurs successeurs, ils ont eu la gloire de ressusciter la science du droit romain, et d'en saisir par upe vive intelligence Tesprit et les principes.
<c Un usage continuel des ouvrages originaux sur la science du droit, dit Savigny, leur en donnait une connaissance complète et familière, qui leur permettait d'établir avec succès des rapprochements ingénieux entre différents passages. Beaucoup de glossateurs ont un mérite qu'on peut regarder comme caractéristique, celui de tenir l'attention toujours fixée sur le sujet immédiat de leur explication; et au milieu même du plus grand luxe de comparaisons avec d'autres passages de la loij on ne les voit jamais dévier de leur but pour se jeter dans des généralités trop vagues. »
A côté du droit civil commença à fleurir aussi une autre jurisprudence, celle qui s'occupe des lois ecclésiastiques, des règles établies par les conciles, des décrets des papes et des maximes des Pères. Le droit canonique ou droit canon, c'est ainsi qu'on l'appelle, eut aussi au treizième siècle son Irnérius ou plutôt son Accurse. Le moine Graticn, né en Toscane, mais résidant à Bologne, avait trouvé les matériaux do la jurisprudence cléricale entassés pôle* mêle dans des recueils sans critique et sans goût; il entreprit de faire un corps régulier de tous ces membres confus. Dans son ouvrage intitulé Décret, ou Concordance des canons, il établit d'abord les principes généraux de la législation, d'où il fit découler tous les droits ecclésiastiques; il distribua son sujet en chapitres distincts, appuya ses doctrines par les préceptes de l'Écriture et des Pères, par les constitutions des Pontifes et des Conciles ; enfin il éclaircit ou concilia les autorités qui semblaient obscures ou contradictoires. S'il mit trop peu de critique dans l'adoption de certaines pièces apocryphes, s'il favorisa trop la puissance excessive dé la papauté, il faut songer que son ouvrage parut vers 1150 et fut le point de départ 4e la jurisprudence ecclésiastique.
L'étude du droit, ainsi ranimée, jouit aussftAt d'une vogue merveilleuse : on moins de cinquante ans toute la Lombardie fut pleine de légistes. Des universités furent bientôt créées à Modène, à Mantoue, à Padoue, à Naples, à Pise, et consacrées spécialement à l'enseignement du droit. Mais celle de Bologne garda toujours le premier rang. Elle comptait, dit-on, jusqu'à dix mille écoliers. Les professeurs étaient environnés d'une haute estime et comblés de faveurs. Les universités rivales cherchaient à se les dérober mutuellement, et les villes étaient obligées de leur imposer le serment de ne point les quitter pour enseigner ailleurs. Le zèle des professeurs répondait à celui des élèves. Les écoles étaient ouvertes avant le jour, et les chaires continuellement occupées jusqu'au soir ; au point qu'on fut obligé de défendre d'enseigner à l'heure du dîner. On comprend cette avidité pour la parole des maîtres, à une époque où la rareté des livres faisait de renseignement oral le moyen presque unique de communiquer Finstruction. Il y eut même des femmes qui s'adonnèrent à Tétude et, dit-on, à l'enseignement public du droit. Novella, fille aînée de Giovanni d'Andréa, professeur à Bologne, se fit le suppléant de son père. « Quand il étoit occupé de quelque ensoine (affaire) pourquoi il ne pouvoit vaquer à lire ses leçons à ses écoliers, il envoyoit Novella, sa fille, en son lieu lire aux écoles en chaire ; et afin que la beauté d'elle n'empêchât la pensée des oyants, elle avoit une petite courtine (rideau) au-devant d'elle, et par celle manière suppléoit et allégeoit aucunes fois les occupation» de son père *. »
La médecine ne jeta pas moins d'éclat que le droit sur le premier réveil de l'Italie. Les couvents (le Mont-Gassin,
1 . Christine de Pisan, citée par GinguéDé. — De nos jours Mlle Clotilde Tanibroni a occupé pendant plusieurs années la chaire de littérat» ture gre?.que à TUniversité de Bologne. Son nom a ûguré jusqu'en 1817 parmi ceux des professeurs de cette illustre corporation.
LA PUEMIÈRE RENAISSANCE. 17
TaLbaye de Farfa) avaient conservé, au neuvième et au dixième siècle, quelques traditions do i'arl iatrique. Vers la même époque commençait la célébrité européenne de Salerne : des abbés, des évoques, des princes y venaient des contrées lointaines chercher l'espoir de la guérison. Il est probable que les Arabes, maîtres des provinces méridionales de l'Italie, apportèrent à Salerne leurs livres et leurs méthodes ; il est certain qu'au onzième siècle la médecine y était cultivée depuis longtemps. Des femmes même s'y firent une grande réputation dans cette science, comme à Bologne dans celle du droit. Ordéric Vital nous parle d'une savante dame qui éclipsait alors tou9 les autres docteurs ^ Des traductions nombreuses firent connaître aux Italiens les médecins grecs et arabes. Le moine carthaginois Constantin, réfugié à Salerne et contemporain de Robert Guiscard, en fit à lui seul un grand nombre, dont quelques-unes nous restent encore.
Mais une autre œuvre, presque littéraire, a donné à l'école de Salerne une longue popularité; c'est un recueil de préceptes sanitaires, rédigés en vers latins, dont il ne reste que 373, la plupart léonins ou rimes, dont le style barbare ne s'impose que plus impérieusement à la mémoire du lecteur. Adressés à unpiince que les auteurs appellent « roi d'Angleterre »,
Anglorum régi scribit schola tota Salcrni,
et que Tiraboschi, après une savante discussion, suppose être Robert de Normandie, alors hôte de Robert I" et gendre de Godefroy de Gonversano. Ces vers, .monument authentique de la célébrité de l'école, remonteraient donc au moins à l'époque de la première croisade '.