Spirllum graio) tcnucm camenœ
Horaçê,
jestueuse Timpression du poète ou le sujet que la pièce doit traiter; puis le premier tercet vient briser cette mélodie par la double altération des rimes et des sentiments : alors tout est en suspens, le problème poétique est soulevé, l'oreille et l'esprit sont également attentifs, inquiets : enfin le second tercet arrive comme un gracieux dénouement et rétablit dans le petit poème le calme et l'harmonie du début.
A côté de ces avantages particuliers au sonnet, il convient d'en indiquer les inconvénients. C'en est un bien grave que cette autonomie absolue de la forme. Le sonnet est un lit de Procuste, qui réduit nécessairement toutes les pensées à un égal développement et les enferme toutes en quatorze vers. Or les mouvements passionnés, comme le remarque le judicieux et sévère Sismondi, demandant à être préparés et développés avec plus d'ampleur, le sonnet les a presquo toujours remplacés par des pensées ingénieuses; et le bel esprit, souvent le faux esprit, a dû en faire toute la parure.
On ne traduit pas plus les sonnets de Pétrarque qu'on ne peint le doux murmure d'un ruisseau ou le suave parfum d'une rose. Toutefois, après avoir essayé de donner par quelques citations une faible idée des poètes que nous avons rencontrés jusqu'ici, nous ne pouvons nous abstenir de rendre le même hommage au plus illustre lyrique de l'Italie. Nous allons donc mettre en français une ou deux de ses compositions, en faisant toutes nos réserves en faveur de sa gloire.
Quoique Pétrarque emprunte trop souvent à ses devanciers et aux troubadours de la langue d'oc leur langage de convention, leurs flammes et leurs chaînes, la personnification de son amour et de son cœur, il diffère cependant en un point essentiel de ceux qu'il semble imiter : il éprouve une émotion vraie, et c'en est assez pour qu'il soit touchant. Le sonnet onzième exprime avec une douce
mélancolie les e£fets que produira le temps sur la beauté et sur les sentiments de Laure. Il a quelques rapports avec l'une des plus touchantes compositions de notre Béranger.
Si ma vie, au milieu de ses ennuîs pesants, Peut prolonger assez sa funeste carrière, madame, pour voir, sous la brune des ans, S^éteindre de vos yeux l'éclatante lumière,
Et Tor de vos cheveux se changer en argent, Et les fleurs délaisser votre tète moins fière, Et pâlir ce beau front qui, malgré ma m*sère, A gémir devant vous, me fait timide et lent;
Peut-être alors Tamour me donnera Taudace De vous dire comment, au sein de la douleur, Ont fui les ans, les jours, les heures que je passe;
Si ce temps n'est propice aux doux penchants du cœu *, Du moins vous daignerez, à mon chagrin vivaco Accorder d'un soupir la tardive douceur.
Se la mia yita dall* aspro tormento Si puô tanto schermire e dagll afranni Ch* i' Teggia per virlù degli ultim' aniii, Donna, de* be* vostr* ocçhi il lame spento,
E i cape' d'oro fln farsi d'argento, .
E lassar le ghirlande e i verdi pannl, E' l viso scolorir.che ne* miei danni Al lamentar mi fa pauroso e lento ;
Par mi darà tanta baldanza Amore, Ch'i 'vi discovrirô de' miei martiri Qua* sono stati gli anni ei giorni e Tore :
E 86 *1 tempo è contrario ai be' desiri, Non fia ch'almen non giunga al mio dolor* Alcun soccorso di tardi sospiri.
C'est surtout dans les sonnets écrits après la mort de Laure et qui forment la seconde partie du recueil, que le sentiment, devenu plus sérieux et plus profond, inspire plus heureusement Pétrarque. Ici le bel esprit fait une plus grande place au langage du cœur, c'est-à-dire à la
vraie poésie. Le sonnet 238, commencé par une peinture gracieuse, finit par une image sublime.
Si j*entends les oiseaux gémir, le vert feuillage Se mouvoir lentement au soufïïe du zéphir; Ou Ponde transparente^ avec douceur frémir, En caressant les fleurs qui couvrent son rivage;
Tout plein de mon amour, je crois revoir Timoge De celle que le ciel a daigné nous offrir, Que la terre nous cache : oui, c'est son doux langage; Je la vois, je l'entends répondre à mon soupir.
Sa tendre voix me dit : 6 mon ami fidèle, Pourquoi te consumer en ces chagrins amers?
Pourquoi noyer de pleurs ton ardente prunelle?
Ah I ne regrette pas quelques jours que je péris :
La mort les éternise; à la gloire éternelle
Mes yeux^ que je semblais fermer se sont ouverts
Se lamentar augelU, o verdi fronde Mover soavemente ail* aura estira, roco mormorar di lucid* onde S'ode d'una fiorita e fresca riva,
Là* T* io seggia d'amor pensoso, e scriva, Lei che *1 ciel ne mostrô, terra n' asconde, Veggio ed odo ed intendo ; ch* ancor viva Di si lontano a* sospir miel risponde.
Deh! perché innanzi tempo ti consume?
Mi dice con pietate : a che pur versi Degli occhi tristi un doloroso fiume?
Di me non pianger tu, che miei dl ferai Morendo eterni: e ncl Teterno lume, Quando mostrai di chiuder gli occbi, apersi.
Les Sonnets de Pétrarque nous semblent supérieurs à ses CanzonielkaQ&. Triomphes K II nous paraît que Tins-
1. Nous ne devons pas dissimuler que notre opinion sur ce point n*est pas celle de plusieurs critiques italiens très considérés. Le Canzoni^dii Tassoni, per quanio a mi pare, furone quelle, che poeta grande e famoso U) fecero, Uo autre, nous avons oublié lequel^ met les Triom-'
piratîon de ce poète, qui suffit aux premiers, n'est pas assez forte pour de plus longues compositions. Sans doute dans les Canzoni sa langue est toujours riche, sa période magnifique; mais ce large vêtement flotte peut-être un peu autour de la pensée. Ge ne serait pas trop, pour remplir ces amples strophes, des grandes idées d'Horace ou de Pindare. Même dans les Canzoni politiques de Pétrarque, pièces d'ailleurs si nobles, nous croyons trouver un peu de cette morbidezzay de cette douce faiblesse, dont la langue italienne a si heureusement fait une grâce.
Pétrarque diffère de Dante par le style autant que par le génie. L'un avait créé une langue nouvelle, et contraint tous les dialectes de l'Italie à se réunir sous sa plume pour exprimer non seulement ses idées nobles et sublimes, mais encore les scènes les plus communes de la nature, les caprices bizarres de sa fantaisie, les théories abstraites de la philosophie et de la religion ; l'autre choisit dans le style noble les termes les plus élégants, les phrases les plus mélodieuses : il resserre le cercle de sa langue, comme celui de ses idées, et n'y admet rien que de parfait. Dante est court, concis ; il va droit au but, et semble se dire à lui-même :
« Parla, e sii brève ed arguto*. »
Pétrarque enlace habilement sa pensée dans une élégante période; on dirait qu'il se propose
« D*ass.iiir con parole oiieste, accorte
« U 8U0 pensieroy in atto umile e piano '. »
vhes au-dessus des Canzoni et des Sonnet», Il faut se rappeler que la plupart des II al ions attachent une importance décisive à la versification^ k riiarmonie et aux qualités matérielles du style.