‹ Histoire des littératures étrangères condidérées dans leurs rapports avec leChapitre 28 sur 113 · Liber X; epistola · texte numérisé non relu

Liber X; epistola

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le palais Pitti, qui devait un jour abriter les grands^ducs. Partout s'élevaient des constructions d'un style nouyeau ; partout les anciens monuments se rajeunissaient sous Téclat des arts : il semblait que le moyen âge se repliât peu à peu, comme l'ombre, devant l'aurore de la Renaissance^

La société de lettrés et de savants qui entouraient Laurent de Medici présentait un caractère non moins nouveau. Ce n'était déjà plus cette première génération du quinzième siècle contemporaine de C6me son aïeul, les Yalla, les Poggio, les Leonario Bruni (Aretin), les Filelfo, laborieux érudits, estimables hellénistes, cbercheurs et traducteurs de livres, mais dont le goût était loin d'égaler le savoir; c^étaient des hommes plus instruits, et surtout mieux instruits, qui, à force de voir penser les anciens, s'étaient ' mis à penser eux-mêmes : Texcelleiit Marsile Ficin, dont nous allons bientôt parler; le doctie Vénitien Hermolans Barbarus, qui se vantait d'avoir fait plus de cinq mille corrections dans VHiêtoire naturelle de Pline, et plus de trois cents dans la géographie très succincte de Pomponîus Mêla; Christophe Landino, poète, commentateur, traducteur, qui termina l'éducation de Laurent de Medici et de son frère; le brillant Ângelo Âmbrogini, de Montepulciano (Politien], traducteur, commentateur, jurisconsulte, poète, et, pardessus tout, homme d'esprit; Tuniversel et prodigieux Pic de la Mirandole, qui, à dix-neuf ans, pariait, dît-on, vingt-deux langues ; qui, quelques années plus tard, offrait de soutenir publiquement contre tout assaillant neuf cents propositions sur toutes les sciences alors connues; qui enfin, et c'est là son vrai titre de gloire, tentait de concilier, dans un vaste éclectisme, toutes les doctrines des sages, et de saisir, à travers toutes les formes et tous les voiles, Tunité essentielle des traditions du genre humain. Ces hommes parlaient et écrivaient avec goût les langues anciennes. Leur latinité, encore quelque peu incorrecte, défaut excusable à une époque où manquaient les

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dicfioBitaiTes, encore chargée d'expreBsiont disparates et suraniiëea, n'en est pas moins vive, énergique, parfois ingénieuse, et préférable aox élégantes périodes des Gicëroniens du seizième siècle.

Le lien principal cfui rénnissait tous ces hommes, c'était l'étude de la doctrine de Platon. La résurrection des idées platoniciennes, et même des rêveries alexandrines, plus poétiques dans leurs vérités et dans leurs erreurs que les enseignements d'Aristote, était un des symptômes du téveil de la libre pensée. Aristote, amendé et adopté par l'Église^ avait été, bon gré mal gré, l'âme de la seolastique : lui opposer Platon, c'était sortir avec éclat du moyen âge, c^était déjà faire acte de liberté, au moins en changeant de maître.

. Gôme de Medici avait souvent entendu Gemisthos Piethon, l'un des Grecs envoyés de Gonstantinople au concile de Florence en 1439, disserter sur k philosophie de Platon. Entraîné par l'éloquence du vieillard et par l'élévation de cette doctrine nouvelle, il avait conçu le projet de former une académie platonicienne. Le fils de son médecin, Marsile Ficin n'était encore qu'un en&nt : mais il montrait déjà les dispositions les plus heureuses. Gôme le fit élever dans l'étude du platonisme. Le jeune homme répondit pleinement à son attente, et devint le ehef et le précepteur de TAcadémie.

Cette réunion trouva dans Laurent de Medici non seulement un protecteur, mais un collègue. Tandis que Ficin * traduisait Platon et Plotin, tandis que dans sa Théologie phUonique il développait un système emprunté principalement aux derniers philosophes de l'école d'Alexandrie, Laurent exposait les mêmes idées en vers italiens, ou discutait avec ses savants amis à table, à cheval, en voyage, et les encourageait dans leurs travaux. Pour donner plus de stabilité à leur association, il voulut renouveler avec éclat la fête solennelle que les disciples de Platon celé-

braient autrefois en Tfaonneur de leur maître, et qui était tombée en désuétude depuis la mort de Plotin et de Porphyre, il y avait environ douze cents ans. A partir de 1469, chaque année, le 7 novembre, jour anniversaire, disait-on, de la naissance et de la mort du grand philosophe, un splendide banquet réunissait tous les citoyens distingués de Florence. Mais il y avait un autre festin en quelque sorte ésotérique, où les membres de l'Académie étaient seuls invités. Geltii-oi avait Ueu loin des profanes, dans la villa Car* reggi; Lautent y présidait lui-même : au dessert, on lisait quelque passage du maître bien-aimé ; on commentait, on discutait, on disputait même quelquefois, et Tenthousiasme de la science s'augmentait de tout Tentralnement d'une mode.

La poésie vulgaire avait été négligée trop longtemps, au milieu des études de l'antiquité: depuis cent ans l'Italie n'avait pas entendu un grand poète. Il appartenait à ceux qui ramenaient la poésie dans la science, de la rétablir aussi dans son véritable domaine : le signal du réveil partit encore de la maison des Medici. C'est pour Lucrèce, mère de Laurent, que le spirituel Louis Pulci, composa son épopée romanesque dont nous parlerons dans le cha^ pitre suivant; c'est pour chanter le tournoi où le jeune frère de Laurent signala son agilité, qu'Ange Politien, âgé, dit-on, de quatorze ans, écrivit l'un des poèmes les plus élégants de la langue italienne. Les Stances pour la joute de Julien sont pleines d'imagination, de grâce et d'harmonie : l'Arioste et le Tasse en ont imité plusieurs détails. Malheureusement la stérilité du sujet et l'absence d'intérêt véntable se font trop sentir à travers le luxe des descriptions et des peintures. Cet ouvrage d'ailleurs n'est qu'un fragment de douze cents vers, et le poète s'est arrêté aux préparatifs du combat.

A vingt-deux ans le même auteur tentait, par son drame d'Orphée, dUntroduire dans la langue vulgaire la majesté

OU du moins Télégance du théâtre antique. Cet essai, quelqu'imparfait qu'il soit, renfenne plusieurs passages excellents, entre autres la plainte amoureuse d'Aiistée, et le chant final des Bacchantes. On admire encore plus le talent du jeune poète quand on pense que cette œuvre presque sans précédent fut composée en deux jours, au milieu des préparatifs tumultueux d'une fête.

Laurent lui-même fut un des meilleurs poètes de son siècle ; supérieur aux deux frères Pulci par Télégance et rbarmonie du style, il précéda Politien dans la carrière % et régala presque par le talent. Ses poésies lyriques, son Ambra ^ sa Chasse au faucon^ ses Selve d'a^iore, ses poèmes moraux et sacrés, ceux qui ne sont ni l'un ni l'au* tre, comme sa Confession, sef^Sept ioies d'amour, prouvent une facilité d'invention et une verve de style des moins communes. S'il n'a pas la pureté irréprochable des poètes du seizième siècle, si les critiques italiens blâment dans sa diction quelques termes vieillis, durs et rustiques, il rachète amplement ces défauts par les qualités essentielles qui constituent le poète ; et l'on peut dire de ses vers, avec Muratori : a C'est de l'or, tel qu'on le trouve dans une mine, mêlé d^une terre impure, mais c'est toujours de l'or. »

Une preuve des plus décisives de son génie poétique, c'est l'originalité des genres dans lesquels il s'exerça, et le grand nombre de routes nouvelles qu'il ouvrit à la poésie. Laurent de Medici offrit, dans ses Buveurs (Beoni), un des premiers modèles de la satire populaire ; il éleva le premier à la forme littéraire, dans la Nencia da Barberino^ les improvisations nalveç des villageois toscans, donna aux Chants du ca/rnaval, aux Chansons à danser, qui accompagnaient les fêtes joyeuses de Florence, un éclat et

1. Ce fut peu après son entrevue avec Frédéric de Naples^en 1465, que I.aurent, Agé alors de dix-sept ans, lui envoya, en signe d'amitié, un recueil de poésies italiennes, à la suite desquelles il avait cyouté quelques-uns de ses sonnets et de ses Canionû

une valeur jusqu'alors inconims ; il sut dégager, mettre en relief la poésie vivante et pleine de charme qae contenait en germe la gaieté expansive et Tidioma si caractérisé du peuple florentin : en un mot il retrempa Tart dans sa source et le vivifia par le contact de la foule. On le voyait luimême descendre sur la plaoe publique et prendre part aux divertissements les plus frivoles. Ce n'est pas ïjxn des traits les moins frappants de cette curieuse et poétique nature, que la mobilité singulière et Tuniversalité brillante de ses talents et de ses goflts : l'homme qui recevait les ambassadeurs des rois et dirigeait toute la politique de l'Italie, qui conçut le premier cette pondération des États italiens, modèle de l'équilibre européen, cet homme qui occupait ses loisirs par les méditations les plus sublimes de la philosophie, se mêlait volontiers, dans les rues de Florence, aux danses des jeunes filles, et animait la joie publique en l'élevant à la noblesse de l'art.

L'influence qu'avait exercée sur la littérature italienne la noble maison des Medici ne s'éteignit point avec Laurent : elle devint plus décisive encore lorsque son fils Jean*, cardinal à l'âge de treize ans, succéda, à l'âge de trentesept, au belliqueux Jules II, et prit possession du Saint- Siège, sous le nom dé Léon X (1 1 mars 1513). de mondain et élégant pontife, aussi mauvais pape que magnifique souverain, eut l'honneur de donner son nom à l'un des grands siècles littéraires, et contribua plus que personne au mouvement émancipateur de la Renaissance, cette forme italienne de la grande insurrection religieuse du seizième siècle. Passionné pour les beaux-arts et pour les plaisirs, habile musicien, beau chanteur, bon cavalier, chasseur infatigable, prince généreux, environné de cardinaux jeunes, riches, d'une noble naissance, il passait avec eux ses jours dans les concerts, les festins, les spectacles. On ne vo^it dans

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