LA PO£8IE CPIQUE
Vépapée itaKeoBe de la Renaissanea.
PrédéeenMndffJrànoite ci da llasM^ — Lona Palei, BatarA^
G*est surtout dans l'épopée que la poésie itaUenne du seizième siède a déployé toute la puîssamce de son génie, et résolu d'une manière admirable le pfoblèrae Kttéraire de la Renaissanee, je "leux dire runion de Finspiration mod^ne aiee la beauté de l'art antique. La pr^ondérance de Tun ou de l'antre de ces deux éléments a divisé naturellement le» poèmes italiens en deux genres : les épopées romanesques et les épopées héroïques; les unes se rangent sous la bannière de FArtoste, les autres sous eelle du Tas^e : les premières ont recueilli les traditions du moyen ftge ; elles nous présentent avec une magnifique profusion les &m6ux exploits de Gharlemagne et de Roland, les Tîctoires des guerriers chrétiens sur les barbares qui ont envahi la France, et dans lesquels les souvenirs populaires ne trouvaient plus que des Sarrasins; les autres, tout en conservant la pensée religieuse et le caractère chevaleresque, prennent la ferme majestueuse de l'épopée homérique: 'elles gi'oupent leurs fictions autour d'une action simple et grande. Le plus célèbre de tous ces poèmes chante la guerre de Troie des temps modernes, la croisade.
Au moment où nous allons rendre hommage au génie de l'Italie, ne soyons pas injustes envers la France : commençons par constater que s! nos voisins furent les pre^ miers des modernes qui atteignirent la perfection de la forme «dans le genre si difficile de l'épopée, du moins
rinTention des sujets^ la création des incidents et des caractères, en un mot toute la matière épique, leur avait été fournie par la France du moyen âge. « Nous avons des romans, dit avec raison Henry Estienne, qui pourroient dire les bisaîeux, voire trisaïeux du plus ancien auteur qu'ils aient (les Italiens). » U suffit en effet de jeter les yeux sur nos chansons de geste, sur la Chanson de Rolland^ la Chanson des Saxons ^ les Quatre fils Aymon, Ogier le Danois^ le Chevalier au Uon^ etc., pour reconnaître avec Giraldi que « cette sorte de poésie doit à la France son origine com;ne son nom ».
Le premier des ouvrages italiens où nous retrouvons les vestiges de nos traditions épiques, est un vieux ro* man en prose intitulé / reali di Franza {Les princes de France)^ C'est une compilation de nos chansons de geste, une nouvelle Chronique de Turpin, On y revoit Charlemagne et tous ses aïeux à partir du fils de Constantin, sa mère Berthe-au grand pied et déjà quelques-uns de ses preux paladins, le loyal duc de Naimes, Tinvincible Ro« land et le traître Ganelon. D'autres ouvrages italiens nous présentent ces traditions organisées déjà sous leur forme poétique : Buovo d^Antona se rattache par son sujet au règne de Pépin» La Spagna célèbre en quarante chants la dernière expédition de Gharlemagne et la défaite de Ron-^' cevaux; lafttjpma d'Ancroja a pour héros le fils naturel de Renaud de Montauban, Tun des quatre fils Âymon. Tous ces poèmes semblent avoir été composés au quatorzième siècle. Leur style rude et grossier a pourtant, par rapport à Tharmonie, un avantage sur celui de nos trouvères. Au lieu de l'interminable strophe monorime de nos français % les trouvères italiens emploient déjà l'octave, cette forme quelquefois un peu factice, un peu trop lyrique, mais extrêmement mélodieuse, dont on, doit l'invention à Boc-
I. Histoire de la lUl ^rature française, chapitre vu, page 64.
LA POÊSIB: ÉPIQUE. 8«
cace, le perfectionnement à Politîen et la conàécration définitive à l'Arioste ei au Tasse.
Les auteurs de ces poèmes ressemblaient fort à noa jongleurs : comme eux, allant de ville en ville, de château en château, ils chantaient eux-mêmes leurs vers, se mettaient personnellement en rapport avec leur auditoire, auquel ils adressaient leurs préambules et leurs adieux, sollicitaient en finissant la générosité dé leurs hôtes par les invitations les plys directes et lea moins équivoques. « Qu'il vous plaise, disaient-ils, par exemple, de mettre un peu la main à votre bourse et de me faire quelque présent; car nous voici à la fin du cinquième chanta »
Pour captiver . des auditeurs d'une imagination mobile, d'une sensibilité plus vive que profonde, il fallait avoir recours à la plus (^prodigieuse variété, y» au risqué de a peindre un dauphin dans les forêts, un sanglier au milieu des flots »; il. fallait faire marcher parallèlement plusieurs aventures différentes, briser habilement le fil d'un récit pour en faire désirer la suite, jeter à chaque instant ' ^ur la chaîne de Faction principale un , piquant épisode ; unir le plaisant au sérieux, le familier au sublime, descendre des peintures les plus magnifiques, aux plus vulgaires allusions; mêler aux images lascives des réflexions pieuses et même:deis prières. Car le poète s'adressait au peuple, et & un peuple italien, c'est-à-dire à la fois ignorant et artiste^ frivole et enthousiaste, dévot et licencieux. De' ces conditions où naquit Tépopée romanesque, naguirent avec elles toutes ses lois.
Abandonnée aux instincts incultes du peuple et négligée par leis hommes - lettrés du quinzième siècle, l'épopée romanesque était sur la pente rapide où la poésie si^éloigne