‹ Histoire des littératures étrangères condidérées dans leurs rapports avec leChapitre 99 sur 113 · Â. de Puibusque, Histoire comparée,,, tome 11, page · texte numérisé non relu

Â. de Puibusque, Histoire comparée,,, tome 11, page

Si je 8oigDe mes dents, dit-il, que Tod ne sMmagine pas que c'est parce que j'ai envie de mordre; non, je.veax seulement que ceux qui morJent voient que je suis en mesure de me défendre : je n*use que d'un droit naturel et d'armes permises.

Quand Votre Excellence aura besoin de plumes, elle n'a qu'à parier, je suis prêt à Lui en fournir; car maintenant que je n'exerce pas la mienne, je n'ai rien de mieux à faire que d'en tailler pour les autres.

U termine en assurant qu'il n'a rien de la légèreté des plumes, et qu'il ne tient qu'au duc de l'éprauver.

On n'a qu'à ouvrir la correspondance de Voiture pour retrouver, avec plus d'esprit et d^enjouement, le même ton, le même-style épistolaire^ C'est de cette façon, mais avec un plus franc sourire qu'il envoie à Mlle de Rambouillet a douze galons de rubans d'Angleterre, pour une discrétion » qu'il avait perdue contre elle, et à Mlle Paulet, la lionne de l'bdtel Pisani, « plusieurs lions de cire rouge » en souvenir de «. messieurs ses parents » les lions d'Afrique, qu'il a été visiter.

Les mémoires de Perez exercèrent aussi letir part d'influence littéraire. Attendus avec une avide curiosité par le monde politique ravi d'y voir Philippe II démasqué dans ses crimes et dans son hypocrisie, ils furent imprimés en France, réimprimés à Genève, traduits par un mauvais écrivain, Dalibray, réduits par le même traducteur en un recueil d'aphorismes politiques, et malgré la faiblesse de ces deux versions, ils eurent, en peu de temps, quatre éditions. Les lecteurs français furent frappés de cette énergie castillane, de cette gravité sentencieuse, de ce langage pompeux qui se révélaient chez nous pour la première fois. Les œuvres d'Antonio Perez furent, avec celles d'Antonio Guevara et de Balthazar Gracian, les modèles et les guides de Louis Guez de Balzac.

Cependant la langue et les coutumes castillanes se

1 . Histoire de la littérature française, 17* édition, page 369.

répandaient à la cour de France. Henri IV avait donné on suivi l'exemple en demandant des leçons d'espagnol à Antonio Ferez. « Votre Majesté, lui écrivait le réfugié dans sa lettre de remerciement, a choisi un gentil barbare pour maître, barbare en ses pensées, en sa langue, barbare en tout*. » Il disait vrai, si la recherche et le mauvais goût sont une espèce de barbarie.

Bientôt les mariages princiers viennent accroître en France l'influence espagnole : Louis XIII épouse Anne- Marie, fille aînée de Philippe III ; Philippe IV prend pour femme Isabelle de France, fille de Henri IV; leur fille, Marie-Thérèse, deviendra un jour épouse de Louis XIV. Dès lors, même avant Philippe V, il n'y a plus de Pyrénées. « Aucun homme, aucune femme de qualité, comme le dit Cervantes, ne manque d'apprendre la langue castillane'. » Les grammaires espagnoles se multiplient, comme les latines ; un dictionnaire espagnol paraît à Paris en 1 604 '. Voiture parle et écrit l'espagnol aussi bien que l'italien. Balzac, qui connaît également les deux langues et imite de préférence les écrivains castillans, se plaint de ce que le public a court indifféremment après tous les romans espagnols. » Cette passion dure pendant tout le dix-septième siècle, et lorsqu'on 1670 Molière fera jouer le Bourgeois gentilhomme^ lorsqu'il flagellera de sa moquerie toute française les extravagances du marinisme et du gongorisme, ces corrupteurs du bon goût, il écrira pour les intermèdes de son dernier acte et fera réciter devant un public français une double parodie en vers italiens et en vers espagnols, persuadé qu'elle serait presque aussi génô-

1. Por cierto V. M. ha escogido gentil barbaro por maestro, barbaro en los conceptos, en la lengua, barbaro en todo.

2. Ni varon, ni muger déjà de aprender la lengua castellana. Persiles,

3. L'auteur de ce dictionnaire, Jean Palet, était médecin de Henri de Uuurbon, prince de Condé; il dédia son livre à ce prince, alors âgé de seize ans.

ralement comprise dans ces deax langues qu'elle l'eûl 6 té dans la nôtre*.

La langue de la conversation reçoit peu à peu mille importations espagnoles : un homme du monde se transforme en cavalier (caballero); un amant devient, comme en Espagne, un gaUxn : les rubans même dont la mode vient embarrasser les épaules de nos aïeux, prennent le même nom, galanSy qui se changera plus tard en celui de galons. Le mot qui, en Espagne, désigne la bravoure, la magnificence, l'adjectif bizarro, passe dans notre langue, en modifiant sa signification par une teinte moqueuse^. <f A Madrid, dit un voyageur du dix-septième siècle, les jolies femmes se piquent d'avoir des inventions singulières et d'être bizarras. Rien de plus flatteur à dire à une galante qu'elle est bizarra. » L'emphase castillane s'empare de la conversation la plus vulgaire; la satisfaction la plus paisible devient une passion, « Il est reçu, de notre temps, dit Garasse, qu'avoir de la passion pour quelqu'un se prend ordinairement pour le simple mouvement d'une légère affection. » On n'adresse plus aux femmes que des compliments exagérés : on ne se borne plus à les saluer; on se met à leurs pieds {d los pies de vmd.^ senora). Les Italiens se contentaient de leur baiser les mains (le ba^io le mani.)

Ceux même des Français qui ne peuvent parler la langue de Madrid en reproduisent avec affectation les modes et les habitudes, ce qui est plus facile : on prend du chocolat, on joue le hoc, on prise, on fume le tabac, « l'herbe à la

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