L'ALLEMAGNE. LES ÉPIGONES
temps servlle se redressa contre le lion mourant. Des sociétés secrètes se formèrent; les étudiants quittèrent la plume pour le fusil; les poètes enivrèrent la foule de leurs chants de liberté. Alors naquirent les Sonnets cuirctësés (die geharnischten Sonette) de Rùckert, La lyre et Vépée de Théodore Rœrner, les hymnes pieux et enthousiastes de Schenckendorf, les Chants de guerre de Moritz Arndt . Toute une nation, confédérée par la haine, répéta ces chants pré» curseurs de Tunité germanique [Wass ist des Deutschen Vaterland?); jamais la poésie populaire n'avait jeté un pareil éclat.
Cette Marseillaise multiple fut le chant, non du cygne, mais de Taigle noire aux deux serres rapaces. La grande époque littéraire était terminée; une nouvelle carrière allait s'ouvrir. La science positive et toutes ses applications, la métaphysique matérialiste et toutes ses impuissances*, la politique égoïste et toutes ses convoitises remplacèrent les beaux rêves de l'idéal. L'Allemagne avait été pendant un demi-siècle le génie des arts, l'HelIade de l'Europe : elle voulut être une puissante nation ; elle le devint. Paul-Louis Courier disait, à la naissance du premier empire français: « Être Bonaparte et se faire Sire, quelle déchéance! »
1 . On nous pardonnera de ne point faire entrer dans noire revue purement liUéraire Texposition du grand mouvement philosophique de l'Allemagne. Les travaux de Kant,de Fichte, de Schelling, de Hegel, de Scho* penhauer, de Uartman, n'appartiennent pas plus à Thistoiro de la littérature que ceux de Liebig, de Bunsen, de Carus, de Virchow. Les lettres et les sciences se touchent et se pénètrent, mais ne se confondent pas.