I. Shakspearâj ses amvres el ses critiques^ chapilrcw
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trouver Shakspeare tout entier, il faut le chercher dans les grands drames où l'imagination toute-puissante ne reçoit de la tradition que des noms, ou tout au plus des événements incertains et peu connus, dans Othello^ Ha/mlet, Le y roi LeaVy Macbeth^ La tempête.
C'est des premières années du dix-septième siècle (1602 ou 1603) que date la seconde période des travaux de Shakspeare. C'est alors qu'à l'imagination errante et capricieuse du jeune homme succède le ferme regard de l'hom- [ me mûr, du penseur, du philosophe. I
Un grand fait littéraire, un de ces événements intimes '' qui renouvellent Thomme secrètement, discrètement, sans i rien changer à ses apparences extérieures, s'était accom- j pli dans le poète : il avait lu et étudié notre Montaigne \ et avec lui Plutarque et la véritable antiquité.
Un Italien, Giovanni Florio, qui vivait à la cour d'Anne de Danemark, femme de Jacques I", venait de traduire en anglais les Essais de Montaigne (« The essais of Michael Montaigne Knight » ^) : le graveur le plus célèbre du temps, Martin Droeshout, en avait illustré le frontispice; le poète le plus renommé [ ce n'était pas Shakspeare, mais Samuel Daniel) l'avait enrichi d'un éloge en vers. Montaigne obtenait à Londres un succès plus brillant qu'à Paris. Shakspeare, toujours attentif à l'opinion du public intelligent^ ne fut pas des derniers à connaître le moraliste périgourdin. Un exemplaire du Montaigne de Florio, conservé au musée britannique avec la signature de Shakspeare et la date de 1603, nous atteste cette rencontre des deux grands esprits : des passages de Montaigne imités, traduits littéralement dans les drames subséquents du poète, ne .laissent aucun doute sur l'influence exercée par l'écrivain français*.