‹ Histoire des littératures étrangères: considérées dans leurs rapports avec le développement de (volume 2)Chapitre 6 sur 112 · LA LITTËRATURB ANGLAISE BU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LA LITTËRATURB ANGLAISE BU MOYEN AGE

Les trouvères anglo-normands. — Cbaucer; ses premiers poèmes;

ses Contes de Cantorbénj.

La littérature française avait atteint sous Louis XIV cette beauté qui résulte de Tharmonie parfaite d'éléments divers absorbés par une seule pensée. Elle avait su réunir le spiritualisme chrétien du moyen âge et Télégance païenne de l'antiquité classique; elle s'était assimilé Tltalie et TEspagne, deux contrées catholiques, deux filles de Tancienne Rome. Ces principes hétérogènes s'étaient heureusement coordonnés dans le vaste bon sens ouvert à toute idée juste, dans la spirituelle et intelligente légèreté qui fit toujours le fond de l'esprit français. Mais la tâche littéraire de la France n'était point terminée. Le nord de l'Europe était un nouveau monde qu'il lui fallait connaître, apprécier, assimiler aussi. Le vieil esprit saxon, si rebelle au \ov\^

LITT. SEPT

brillant de l'esprit latin, devait entrer à son tour dans la communion moderne. Ce cpie l'ancienne Rome avait fait par les armes et la papauté par la foi, la France devait l'accomplir une troisième fois par l'autorité libre de la raison. Elle commença par l'Angleterre, cette Germanie si longtemps française. L'étudier, la comprendre, la traduire dans le langage universel fut l'œuvre du dix-huitième siècle. «La France, dit Macaulay, a servi d'interprète entre l'Angleterre et le genre humain*. » Voyons quel était le caractère de cet élément nouveau.

Pendant tout le moyen âge et même dans la première moitié du seizième siècle, l'Angleterre n'est pas complè*tement elle-même : elle fait partie du vaste système catholique. A la surface au moins, et à voir sa littérature, son clergé, ses princes, tout en elle est français, tout est romain : l'esprit septentrional se cache dans les profondeurs de la société, toujours vivant et indestructible, mais refoulé par la conquête normande et plus encore par la conquête sacerdotale. Jusqu'à Edouard III (1327) les grands parlent français, les clercs écrivent en latin. La langue du peuple elle-même S'est fortement imprégnée de mots normands et a perdu les inflexions caractéristiques de ses noms et de ses verbes ; le saxon est devenu de l'anglais (de 1165 à 1216). Les poètes, qui chantent presque tous pour les grands, ne composent qu'en français et sont en général les plus remarquables de nos trouvères : quelques ménestrels anglais les imitent, les traduisent, sans parvenir à égaler leur talent ou leur réputation. Les vieilles ballades indigènes survivent obscurément à l'époque de la conquête et vont bientôt se perdre dans des refontes lyormandes. Parmi les anciennes poésies anglaises qui

i . « France has been the interpréter betWeen England and mankind. • Article sur les lettres d'Horace Walpole.

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