‹ Histoire des littératures étrangères: considérées dans leurs rapports avec le développement de (volume 2)Chapitre 72 sur 112 · X-'iliuthian · texte numérisé non relu

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Walter, il dit à Medwin : « Oh ! qu'il est difficile de dire quelque chose de neuf ! Quel est ce voluptueux personnage de l'antiquité qui offrit une récompense à l'inventeur d'un nouveau plaisir? Peut-être la nature et l'art réunis sontils impuissants à produire une nouvelle idée. »

On sait que Walter Scott, après avoir gagné des millions par la vente de ses ouvrages, se trouva, à l'âge de cinquante ans, ruiné par les mauvaises spéculations de ses libraires et par ses propres folies dans la construction princière de son château d'Abbotsford. Il fut contraint dès lors, comme l'ont été depuis plusieurs de nos plus illustres compatriotes, d'écrire pour vivre, pour payer ses dettes, et par conséquent d'écrire mal. Nous ne parlerons point de cette période de déclin d'un grand poète.

Dans .ses bons ouvrages, dans ceux qui sont la base solide de sa réputation, on peut distinguer deux tentatives, deux efforts, dont un seul a complètement réussi. Le premier était la création du roman historique. L'histoire (Scott nous l'a dit lui-même) prenait un corps et une vie dans sa pensée : lui-même a pleine conscience du don merveilleux qu'il possède. Dans son Waverley, il oppose à l'érudit mais sec et positif baron Bradwardine, qui ne cherche dans l'histoire que les faits, les grands événements et les vicissitudes politiques, son jeune héros Edouard, qui « aime à finir et à colorer l'esquisse avec une imagination qui donne l'âme et la vie aux acteurs du drame du passé». Edouard Waverley c'est ici Walter Scott lui-même. Ce qu'il apprenait, il le voyait ; ce qu'il vit, il le raconta : ce furent ses romans du temps psssé, ses peintures du moyen âge.

Or rien n'est plus difficile que de faire revivre les morts, ceux surtout qui ont imprimé sur le monde la trace profonde de leur passage. Un grand homme raconté par le roman est rarement celui que révèle la véritable histoire. Aussi Walter Scott, avec une réserve qu'^AXT^i^TiX ÔcXs^Vûx

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emprunter ses imitateurs (Alfred de Vigny, Alexandre Dumas et autres) évite-t-il de faire des grandes figures historiques les principaux acteurs de ses romans : il les relègue dans la pénombre, et crée au dessous d'elles de plus humbles et plus dociles acteurs.

Cette précaution même, quelque sage qu'elle soit, ne suffit pas toujours pour sauver du mensonge le roman historique. Dans les temps passés les masses ont, comme les grands hommes, leur vérité difficile à atteindre : Thistorien-poète risque fort de n'y voir que ce qu'il y met. Les costumes, les paysages, les dehors seront exacts; les ao tiens, les discours, les sentiments seront civilisés, embellis, arrangés à la moderne. « Walter Scott est flans rhistoire, comme dans son château d'Abbotsford, occupé à disposer des points de vue et des salles gothiques. La lune fera bien là-bas entre les tourelles ; voilà une cuirasse heureusement placée, le jet de lumière qu'elle renvoie est agréable à voir sur les vieilles tentures. Si Ton tirait de la garde-robe les habits féodaux pour inviter les convives à une mascarade?.. Des lords anglais, qui sortent d'une guerre acharnée contre la démocratie française, doivent entrer avec zèle dans cette commémoration de leurs aïeux. Ajoutons qu*il y a des dames et même de jeunes demoiselles ; qu'il faut arranger la représentation de manière ïu ne point choquer leur morale sévère et leurs sentiments délicats, aies faire pleurer décemment.. Y a-t-il un homme plus propre que Walter Scott à composer un pareil spectacle ? Il est bon protestant, bon mari, bon père, très moral, et tory décidé. D'ailleurs il n'a ni le talent ni le loisir de pénétrer jusqu'au fond de ses personnages. C'est à l'extérieur qu'il s'attache, il voit et décrit bien plus longuement le dehors et les formes, que le dedans et les sentiments... Il s'arrête sur le seuil de Tâme et dans le vestibule de l'histoire, ne choisit dans la Renaissance et le moyen âge que le con^eu^XA^ e-V V^^^t^X^I^. Ses çerson-

nages, en quelque siècle qu'il les transporte, sont ses voisins; fermiers finauds, lairds vaniteux, gentlemen gantés, demoiselles à marier, tous plus ou moins bourgeois, c'est-à-dire rangés, situés par leur éducation et leur caractère à cent lieues des fous voluptueux de la Renaissance ou des brutes héroïques et des bêtes féroces du moyen âge*. »

La seconde tentative de Walter Scott est plus irréprochable, et elle fut couronnée d'un plein succès ; elle avait pour objet de dévoiler ou de peindre ce qui vivait, ce qui marchait autour de l'auteur, sa chère Ecosse, si inconnue, si dédaignée encore, cette Suisse du Nord avec ses montagnes, ses lacs, ses bruyères balayées par les vents et attristées par un ciel gris et humide ; ses chers Écossais, si curieux dans leurs costumes, leurs mœurs, leurs caractères, leurs croyances, leurs défauts, leurs ridicules. Walter Scott « a donné à l'Ecosse droit de cité dans la littérature; j'entends à l'Ecosse entière, paysages, monuments, maisons, chaumières, personnages de tout âge et de tout état, depuis le baron jusqu'au pêcheur, depuis l'avocat jusqu'au mendiant... A son nom seul les voilà qui * apparaissent en foule. Qui ne les voit sortir de tous les coins de sa mémoire? Le baron de Bradwardine, Dominie Samson, Meg Merrilies, l'Antiquaire, Ochiltree, Jeanne Deans et son père; aubergistes, marchands, commères, tout un peuple ! Économes, patients, précautionnés, rusés, il le faut bien : la pauvreté du sol et la difficulté de vivre les y ont contraints; c'est là le fond de la race... Sur cette terre ainsi préparée et dans ce triste climat le presbytérianisme a enfoncé ses âpres racines. Voilà le monde tout moderne et réel que Scott a découvert; comme un peintre qui, au sortir des grands tableaux d'apparat, aperçoit un intérêt et une beauté dans les maisons bourgeoises de

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