Kobcrsiein, cité par Joret, page
bnctions à Lessing, qui les refusa, mais consentit à secon- 1er comme criticpe une entreprise qu'il ne jugeait pas à 3ropos de diriger comme auteur^ Il créa donc un journal, ine espèce de feuilleton dramatique, qui s'imprima aux irais, se vendit au profit du théâtre de Hambourg, et lui iurvécut quelques mois, après un an de succès et de popularité pour le critique.
La Dramaturgie de Lessing est, au jugement de M. Mézières, le meilleur ouvrage de critique dramatique ju'ait produit le dix-huitième siècle. Ce n'est pas qu'il Paille y chercher une appréciation juste et impartiale des doctrines et des œuvres : non ; la littérature allemande était alors à une époque de crise ; la Dramaturgie fut une machine de guerre ; et c'est ce qui en fait la verve, la puissance, l'originalité. L'ennemi alors c'était la France, c'était cette gloire européenne, envahissante de nos classiques, qui ne permettait pas à l'Allemagne d'être, de penser et de parler elle-même. C'est à la France que s'attaqua la Dramaturgie ; ce «ont nos classiques qu'elle prétendit renverser. A l'en croire, la France n'avait pas plus que l'Allemagne alors de théâtre national, au moins de théâtre tragique : car pour notre comédie Lessing fut moins inflexible. « La faute en est à Corneille et à Racine. Mais Corneille est le plus coupable. Racine n'a nui que par les modèles qu'il a donnés ; Corneille, par ses exemples et ses leçons. Celles-ci, adoptées de toute la nation^ comme des oracles, et suivies par tous les poètes postérieurs, n'ont pu produire (je me fais fort de le montrer pièce par pièce) que ce qu'il y a au monde de plus pauvre, de plus insipide, de moins tragique. Qu'on me cite, ajoutait-il, une pièce du grand Corneille que je ne me charge de faire mieux que lui...5> Malheureusement pour le public, Lessing n'a point essayé *.
1. DiM\s sa correspondance avec Mendelsohn, Lcwing, a\îiwl^çAV <va.\\<l
Cette aversion, pour être ridicule, n'en est pas moins explicable. Corneille avait écrit pour une génération fière et raisonneuse, religieuse et guerrière, pour la génération des Arnaud, des Descartes, des Pascal et des Gondé ; ses œuvres avaient quelque chose d'étranger dans un siècle qui fut presque en tout le" contraire du précédent. Chez Racine, la tragédie est Tœuvre d'une civilisation élégante et raffinée, œuvre pleine de vie et de passion aux yeux de la société brillante qui s'y trouve peinte, froide et presque morte aux yeux d^un juge dont l'esprit n'est pas façonné à ses nuances. Lessing est ce juge. Ainsi, ni Corneille n'est rhomme du siècle, ni Racine n'est l'homme de l'Allemagne ^
Pour Voltaire ce fut pis encore, parce que c'était tout le contraire. Voltaire en France régnait sur l'opinion, et l'opinion française dominait dans la haute société- allemande : pour affranchir TAllemagne c'était donc surtout à Voltaire que Lessing devait s'attaquer. D'ailleurs la verve du critique était aiguisée ici par les rancunes de l'homme. Lessing, autrefois pauvre étudiant en médecine, avait été à Berlin sous- secrétaire aux gages de Voltaire (alors ami , et chambellan du roi de Prusse), sous-secrétaire peu considéré, peu sympathique, infidèle même, s'il faut en croire son patron, au moins indiscret et négligent dans ses fonc* tions. Nul n'est grand homme pour son valet de chambre: comment Voltaire eût-il été grand écrivain pour son employé irrité et devenu son juge?
La haine a de bons yeux, surtout quand elle est servie par l'esprit, le patriotisme et une solide instruction. Les critiques de Lessing contre les tragédies de Voltaire, tou-
parler plus encore que dans son journal, prétend que Tauteurde PolyeucU a fait de son héros * un danseur de corde ». Ce jugement est le pendanlde celui où un critique moderne, l'auteur des Profils et grimaces^ appelle Racine « une vieille botte éculée ».
1. L. Crouslé, Lessing et le goiit français en Allemagne, page 296.
rs dures, sont le plus souvent fondées et ingénieuses. niramis, Zaïre, Mérope, tout le théâtre est examiné, é, écrasé tour à tour par de victorieuses comparaisons, is ce n'est pas seulement le poète tragique que Lessing .que en lui, c'est Técrivain, quoiqu'il en sût mal la ^ue ; c'est l'historien, quoiqu'il eût été mieux que perne à même d'en apprécier le mérite ; c'est le philosophe, iqu'il en. partageât les principales opinions. Et toutes critiques, toutes ces attaques sont revêtues d'un style net, précis, dont l'Allemagne n'avait pas jusqu'alors ecret. « M. de Voltaire fait de temps en temps l'histo- 1 dans la poésie, le philosophe dans l'histoire, et dans )hilosophie l'homme d'esprit. » On sent à ce style inf que le critique allemand s'est frotté à celui qu'il hire.
iCS défauts de la tragédie française, telle que le dixtième siècle l'avait léguée au dix-huitième, sont signalés s la Dramaturgie avec une netteté et une clairvoyance êmes : on peut les résumer en trois mots, qui connent tout ce qu'on a reproché depuis' à ce genre de [position : elle n'est ni assez libre, ni assez populaire, .ssez tragique. '
les règles que la tragédie française se vante d'observer, ;ont point, comme elle le prétend, celles d'Aristote ; les es du Stagirite sont aussi vraies, aussi infaillibles in théorème d'Euclide ; mais elles ont été bien mieux ies par Shakspeare qui les ignorait, que par Corneille s'efforçait de s'y asservir. Shakspeare est déjà l'idole liessing, comme il a été depuis le dieu de l'école rotique.
u reste le critique de Hambourg n'avait ni tout le Lte, ni toute la responsabilité de ses hardiesses ; Dide- 'avait précédé dans cette voie; avant Lessing, Diderot t condamné le ton solennel de notre théâtre tragique ; t lui ir avait tenté de substituer àla tragè4\^VciàT^\xi^^
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ou, comme il disait, la tragédie bourgeoise; avant Leasing il en avait donné la théorie et l'exemple. L'auteur de li Dramaturgie abonde dans les doctrines de Diderot, et lei soutient avec plus d'érudition, d'habileté et de style.
La fin de l'entreprise théâtrale de Hambourg et de k Dramaturgie hambourgeoise est à la fois amusante et instructive. Le répertoire des acteurs hambourgeois n'otfrait aux spectateurs que des pièces allemandes déjà anciennes, dans lesquelles Lessing ne trouve guère à louar que la bonne volonté, ou des pièces françaises traduites ou remaniées. Or Lessing prétend que le théâtre français na peut servir qu'à montrer ce qu'il ne faut pas faire, et que les Français n'ont pas de théâtre. Pour soutenir ces bra^ vades germaniques, il aurait fallu que les auteurs alid* mands s'empressassent d'apporter des chefs-d'œuvre au théâtre national. L'appel de Lessing resta sans écho; les chefs-d'œuvre ne venant pas, on continua de montrer aai Allemands comment il ne fallait pas faire. Que devait penser le public d'un théâtre où l'on ne jouait que dei pièces déclarées mauvaises par son critique officiel ?
Aussi le public se retirait : c'était profiter de l'enseignement du maître. On lui représentait en allemand des pièces françaises : bonnes ou mauvaises, il aima mieux les voir jouer par des acteurs français. A Hambourg, ville de commerce, tout le monde entendait notre langue. Uœ troupe française 'étant survenue, la scène nationale hi abandonnée. Ainsi mourut le théâtre de Hambourg *.
Et pourtant la critique de Lessing, la Dr^jMiotur^ avait réussi plus que ne croyait son auteur. Le public retournait, faute de mieux, à la scène française, mais le* doctrines de notre théâtre étaient ruinées en Allemagne, et devaient plus tard être modifiées même en France ; les poètes allemands se lancèrent dans une] voie nouvelles