I/INSURRECTION LITTÉRAIRE
du génie. Gestenberg, continuant Tœuvre de Herder, publia dans quatre lettres un Essai sur les œuvres et le génie de Shakspeare, Il fit plus, et composa un drame prétendu shakspearien où il poussait le tragique aux dernières limites de l'horrible. Le sujet en était TUgolin de Dante, enfermé dans la tour de Pise et livré avec ses enfants aux tourments de la faim. C'était la souffrance physique devenue la matière de Tart, c'était le Laocoon sorti de son marbre et venant mourir longuement sur la scène.
Depuis un demi-siècle les revues abondaient en Allemagne : toute école nouvelle avait eu la sienne. Un centre s'était formé vers 1772 à Gôttingue autour d'une publication intitulée VAlmanach des Muses, Boie et Gotter, qui la dirigeaient, avaient groupé, autour d'eux quelques jeunes écrivains, et leur avaient donné pour chef et directeur Jean-Henri Yoss, un maître d'une pauvre école, mais un de ces maîtres éminents, tels que l'Allemagne a le privilège d'en compter. Ces jeunes gens formèrent entre eux une société intime qu'il appelèrent Union d'amitié^ poésie et vertu ; on la désigne généralement sous le nom d'CTnion poétique de Oôttingue^ ou Union du Bosquet^ à cause du lieu où ils avaient coutume de s'assembler. Les principaux associés réunis autour de Yoss se rattachaient par leurs doctrines à l'école littéraire de la période d'assaut et d'irruption : c'étaient Holty, les deux Stolberg, Leisewitz, etc. Bûrger, le poète des ballades populaires, Tauteur de Lénore et du Farouche chasseur; Glaudius, le poète des Lieder religieux et humoristiques, sans faire précisément partie de la société, ne laissaient pas de lui être favorables. Leur antipathie la plus profonde était Wieland; leur modèle et idéal fut Klopstock, qui, âgé alors de près de soixante ans, ne dédaigna pas de s'affilier à leur société.
Tonte la jennesse allemande se jeta. d%.ii« \^ \'^\\\ de,
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l'assaut et de V irruption, L'AUemagne littéraire de 176^ présenta le même spectacle que la France de 1828, la France des Romantique, On ne parlait que de la royauté naturelle et de la divinité du génie, dont le droit et le devoir étaient de jouir de toute la plénitude de la vie; et comme chaque individu avait la prétention d'être lui-même ce génie royal et divin, chacun s'arrogeait le privilège de ne reconnaître d'autres lois dans sa vie et ses mœurs que rinstinct de ses passions et de sa fantaisie. La prétention ' au génie fut le passeport de toutes les excentricités et de toutes les aberrations. La poésie en fut pleine : le théâtre devint le point d'attaque et la place d'armes. Le théâtre apparaissant comme le monde féerique de la fantaisie fut recherché avec passion par tous les jeunes esprits. C'était l'asile de l'idéal contre les résistances et les oppressions de la réalité, le seul lieu qui satisfit le désir, ailleurs inassouvi, de jouir de toutes les émotions de la vie humaine.
« Parmi ceux qui agitent le thyrse, tous ne sont pas remplis du dieu. » Un grand nombre de ces assaillants et irrupteurs ne purent jamais s'élever au-dessus de la fermentation confuse et maladive des premiers jours.- Les vrais génies y réussirent : après avoir payé leur tribut à la fièvre commune, et marqué de leur forte empreinte, par leurs premières œuvres, la période d'assaut et d'irruption, iJs parvinrent, par la force de leur nature, à la sérénité du vrai génie. De ces hommes privilégiés Gœthe et Schiller furent les plus grands. Leur vie littéraire se divise en deux parties que nous allons parcourir successivement : d'abord celle de la jeunesse inquiète et troublée, comme la jeunesse de leurs contemporains; puis celle de la maturité calme et puissante, des œuvres belles et pures qui signalent la période c/assî(/we c/e Z'^//ema^ne.
Le 27 août 1749 naquit, daiift W ville libre de Francfort-