‹ Histoire des littératures étrangères: considérées dans leurs rapports avec le développement de (volume 2)Chapitre 89 sur 112 · Vom VaterhabHchdieStalur · texte numérisé non relu

Vom VaterhabHchdieStalur

Des Lebens enutes Fûhren; Vom Afûtterschen die Frohnatur, Und Lu8t zu fabuliren.

Le caractère de Gœthe porta pendant toute sa vie cette double empreinte : « Si on cherche l'expression la plus simple de ce caractère complexe, dit très bien M. Mézières, on le ramènera à deux traits principaux, la sensibilité et la raison.... Gœthe a la sensibilité d'un artiste et d'un poète, c'est-à-dire le privilège de sentir profondément les souffrances et les plaisirs..., mais il est en même temps préservé des émotions ordinaires par la solidité de sa raison soutenue d'une volonté énergique. »» (jŒTHE, Les œuvres expliquées par la vie, 1. 19T.

LITT. SEPT,

furent également actives et universelles ; tout comprendre, c'était tout posséder.

Après cette première instruction, Goethe alla passer trois années à l'université de Leipzig. Son père l'y envoyait étudier le droit : Wolfgang y étudia le monde et la poésie. Il y fit et brûla tout un volume de vers et de prose. Deux comédies, qu'il épargna alors et remania ensuite (Le caprice de V amant et Les complices) indiquaient, malgré leur médiocrité, un progrès décisif. Le jeune poète commençait déjà, ce qu'il fit plus tard avec tant de succès, à s'inspirer de la réalité et à mettre sa vie dans ses œuvres, ce Ainsi se déclara, écrit-il lui-même, cette disposition à transformer en image, en poème, tout ce qui me causait de la joie et du tourment... non moins pour rectifier mes idées sur les objets extérieurs que pour me calmer intérieurement... Toutes les œuvres de moi que le public a lues depuis ne sont que les fragments d'une grande confession. »

La période la plus féconde de l'éducation de Gœthe fut son séjour à Strasbourg (1770-71). Loin du contrôle paternel, il commença alors à vivre de sa vie, et à se jeter avec passion dans les études de son choix. Le droit, qu'il y venait apprendre, fut le moindre de ses travaux; il s'y fit néanmoins recevoir docteur, pour satisfaire sa conscienco et son père. Mais son occupation principale fut de vivre par l'intelligence et le cœur. Les sciences naturelles, la médecine, la philosophie, les langues, les littératures furent tour à tour ou en même temps l'objet de ses méditations. Une jeune colonie d'Allemands se réunissait à une table commune : Gœthe en respira l'esprit et en devint bientôt le directeur moral et le chef. Il y comprit et adopta les sentiments qui animaient la jeunesse allemande pendant la période d'assaut et dHrruption; mais déjà il la dépassait. Un grand maître, qu'il rencontra pour la première fois à Strasbourg, \u\ ^xi^eÂ^w^W. wxi^ roato nouvelle.

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Ce maîtro n'était rien moins que Herder. Plus âgé que Gœthe de cinq ans, Herder déjà précédé d'une grande réputation littéraire était venu à Strasbourg pour y faire traiter une affection des yeux dont il souffrait. Le basai d le mit en rapport avec Gœthe. Ils se rencontrèrent au pied de l'escalier d'un bôtel, où tous deux venaient faire visite. Herder portait un costume ecclésiastique, des cheveux frisés et bouclés, un habit noir et un long manteau de soie de même couleur, dont le pan était retroussé dans sa poche, a Ce costume quelque peu singulier, mais au total élégant, que j'avais déjà entendu décrire, dit Gœthe dans ses Mémoires, ne me laissa aucun doute que l'étranger ne fût l'homme célèbre dont on nous avait annoncé l'arrivée ; et la manière dont je l'abordai dut lui persuader que je le connaissais... Mon air franc et ouvert parut lui plaire... la conversation s'anima bientôt. En le quittant, je lui demandai la permission de le revoir, qu'il parut m'accorder avec plaisir. »

Herder fut pour Gœthe un ami sévère, morose, ironique. « U ne fallait jamais compter sur son approbation,' de quelque manière qu'on s'y prît. » Mais il y avait tant à gagner dans sa conversation, que le jeune étudiant subit son joug avec docilité. « Je me trouvai alors initié à toutes les vues nouvelles de nos lettrés... On ne peut se faire une idée juste du mouvement d'un esprit de cette force, ni des pensées et des études dont se nourrissait cette riche et féconde nature. »

Herder acheva de détacher Gœthe des traditions de l'ancienne école : il le délivra des derniers liens qui l'attachaient encore à l'esprit français ; il déchira le voile qui cachait aux yeux de l'étudiant la pauvreté actuelle de la littérature allemande, et au milieu des espérances complaisantes et présomptueuses du jeune poète, proposa à ses efforts un but plus élevé et plus difficile. En même temps il lui faisait part do ses idées toutes nouveUea sut \^ tv^Vvtc^ ^\.

rhistoire de la véritable poésie populaire. La Bible, que Gcrthe avait lue et goûtée dans son enfance, lui apparut alors avec une grandeur et une puissance inconnue. Avec Herder il lisait et traduisait Ossian ; avec lui il parcourait r Alsace, recueillant de la bouche des vieillards les anciennes chansons et les vieilles mélodies populaires; par ses conseils il se mit à rapprendre le grec pour lire, comprendre et admirer Homère. Il y joignit le poète que tous les assaillants et irrupteurs plaçaient au premier rang dans leurs adorations révolutionnaires, et auquel Gœthe lui-même voua alors un culte retentissant, Shakspeare.

Mais pour Gœthe, comme pour Herder, comme pour J. J. Rousseau, l'inspirateur commun, le maître des maîtres c'était la nature, « Un grand lettré, écrivait-il, est rarement un grand philosophe, et celui qui lit beaucoup de livres laisse souvent de côté le livre simple et facile de la nature. Or rien n'est vrai que ce qui est simple. »

Go fut près do Strasbourg, à Sesenheim, que Gœthe rencontra la plus pure et la plus profonde de ses inspirations. Frédérique Brion, fille du pasteur de ce village a été pour lui un ange de poésie, la messagère d'une révélation idéale * ; et du jour où l'étudiant, rappelé à Francfort par sa famille, dut engager Frédérique à ne plus songer à lui, la douce enfant, sans dépit, sans rancune, demeura obstinément fidèle au souvenir de celui qui l'avait aimée. Elle repoussa tous ceux qui prétendirent à sa main. « Celle que Gœthe a aimée, disait-elle, ne peut appartenir à un autre homme* ».

1. Voir dans les Mémoires de Gœthe (Ans meinem Leben) les détails do ceilc touchante idylle.

2. Saint-René Taillandier, Correspondance entre Gœthe et Schiller. Frédérique Brion vécut plusieurs années à Versailles et à Paris : elle est morte en 1813, chez sa sœur aînée, femme d'un pasteur de village dans le duché de Bade.

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Le cœur du jeune poète avait reçu à Sesenheim le premier germe de Werther.

Le second fut plus douloureux encore. Il lui vint un an plus tard, à Wetzlar, où son père avait envoyé le jeune docteur étudier la pratique du droit près de la Clmmbre Impériale,

Goethe se trouvait alors dans une de ces périodes de regret et de mélancolie, où Tâme s'ouvre si facilement à une passion nouvelle. « Je me plaisais, dit-il, à observer le monde extérieur. Je laissais toute créature agir sur moi chacune à sa manière, depuis Thomme jusqu'aux êtres les plus infimes que nous pouvons percevoir... * Depuis que j'avais quitté le cercle de Sesenheim, il me restait dans le cœur un vide que je ne pouvais combler. Je me trouvais dans cet état moral où une inclination inaperçue peut nous surprendre et nous dominer. »

A une demi-lieue de Wetzlar, sur une des pentes qui dominent la vallée, est situé le village de Garbenheim, que le roman de Werther décrit avec tant de charme sous le nom de Walheim. C'est là que, dans une fête champêtre, il rencontra pour la première fois la fille du bailli de Wetzlar, Charlotte Buff, déjà fiancée à un attaché de légation, au hanovrien Kestner. <c Jusqu'alors les dames de Wetzlar, écrit Kestner lui-même, l'avaient laissé assez indifférent : Charlotte le charma par ses manières simples et ' sa gaîté naturelle ; mais elle le gagna insensiblement et d'autant plus sûrement qu'elle ne se donna aucune peine pour cela. y> Gœthe revit Charlotte à la maison de son père ; il se lia d'amitié avec son fiancé, admira la jeune fille au milieu des soins maternels qu'elle donnait à ses frères et sœurs ; et sentant qu'un amour impossible se glissait peu à peu dans son cœur, il partit au bout de quelques mois, sans prendre congé, et emportant dans son

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