LA LITTÉRATURE ANGLAISE DU MOYEN AGE
accueil et Doux regard, les songes galants, les ingélueuses allégories du Vergier de déduit ou du Paradis iAmour^ la poésie dont Froissart les amuse, celle que leur répétera un peu plus tard leur aimable prisonnier, le prince Charles d'Orléans. Ghaucer commence, comme pour exercer sa plume,, par leur traduire en vers anglais notre '\i(man de la rose) il translate également, mais avec indépendance, un poème de Boccace, le Filostrato^ qui con- ^ Sent les amours de Troïlus et Cresséide, Plus tard il empruntera au môme Boccace le sujet de sa Théséide^ font il fera le conte chevaleresque à'Arcite et Palémon. daucer ne se contente pas de traduire, il invente à son tçur ; i&ftis toujours dans le même goût et d'après la même mode. Il écrit le Parlement des oiseaux, un songe et une allégorie courtisanesques ; le Songe de Chaucer, encore un rêve et un épithalame allégorique, av«c un bizarre ressouvenir du Songe de Scipion ; le Palais de la Benommée, inspiré par Ovide, un troisième songe, et qui ne sera pas le dernier. Ghaucer, comme tous ses confrères du quatorzième siècle, était un grand songeur ; il allait volontiers chercher l'idéal dans le pays mystérieux des rêves. Le Livre de la duchesse, faible élégie sur la mort de sa bienfaitrice, Blanche de Lancastre, rentre dans le même cadre, ainsi que le gracieux poème de La fleur et la feuille, la plus charmante composition de Ghaucer dans sa première manière, dans sa poésie de cour.
Cette poésie avait tous les défauts que nous lui avons reprochés dans notre étude sur la France* : c'était un jeu d'imagination, auquel le cœur et la pensée sérieuse demeuraient complètement étrangers. Un poème était, dans l'opinion du temps, un amusement délicat, une combinaison enfantine d'images et de paroles, une broderie de l'esprit, sans plus de conséquence que la broderie légère
\,^Histoire de la hWrature française, xm^ édition, pa^ft \^^.
que les dames laissaient couler de leurs doigts. La pensée grave, sérieuse, les sentiments vrais et profonds, Thomme intérieur et ses nobles aspirations restaient enfermés dans l'église et dans la langue latine. Le poète était encore un trouvère, et le trouvère était bien voisin du jongleur.
Deux choses toutefois distinguaient déjà les premiers poèmes de Chaucer : d'abord un sentiment vif et personnel du monde téel. Tous nos trouvères avaient chanté le prin temps : c'est un des lieux communs les plus vulgaires de leurs compositions. Au milieu des froides abstractions du moyen âge, la vue, l'admiration de ces belles réalités d'un jour pur,d'une riante campagne, avaient parlé à leurs cœurs : l'ascétisme austère, échappé des cloîtres obscurs, avait embrassé avec ivresse cette belle hérésie de la nature. Mais Chaucer repense cette pensée et la renouvelle de toute la puissance de son âme. Ses descriptions de la nature sont ayssi fraîches que leur modèle.
He was as freshe as is the moncth of may*.
Il a beau entasser dans ses poèmes, selon la mode du temps, les rêves, les abstractions, les allégories, toutes céE aridités scolastiques s'animent et s'épanouissent en traversant son imagination. Dans sa vision morale de La fle\Jii et la feuille^ le poète nous transporte dans les plaines « qui s'habillent de verdure nouvelle, où les petites fleurs commencent à pousser, où les pluies bonnes et sainefi renouvellent tout ce qui est vieux et mort ». Il y trouve ce l'allouette affairée, messagère du jour, saluant de ses chansons le matin gris, tandis que le soleil dans les buiS" sons sèche les gouttelettes suspendues aux feuilles. »
Ses narrations puisent à la même source la vérité et U vie. Troïlus attend de Gresséide, sa bien-aimée, une ré-