‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avec le développement de la littérature française (volume 3)Chapitre 10 sur 138 · Quintilien, livre I er , chapitre vi · texte numérisé non relu

Quintilien, livre I er , chapitre vi

2. Par exemple : Dat sorores, au lieu de dat sororibus ; dat olla pour dat ollam; mangana pour anthlia; acutos pour clavos; vedua pour vidua; Idus Mazas, Kalendas Febraras, etc. Voyez Bianchini, Gruter, Muratori.

vaincus : ils étaient à la fois moins nombreux et moins éclairés; mais ils ne l'adoptèrent que dans la mesure de leur capacité et de leurs besoins. Les Italiens de leur côté furent contraints à modifier leur idiome pour se faire entendre de leurs maîtres.

De ces concessions réciproques il se forma un mélange confus et bizarre en apparence, mais soumis à certaines lois générales, auxquelles l'esprit humain obéit à son insu et nécessairement. La plus remarquable de toutes est cette tendance qui entraîne sans cesse les langues de la synthèse à l'analyse, de l'expression concrète, qui rend d'un seul mot toutes les nuances de la pensée, à l'expression abstraite qui les divise, et consacre un mot différent à chaque détail 1 . La langue latine corrompue devint plus analytique : elle gagna les articles qui lui manquaient, fit plus souvent usage des prépositions pour suppléer aux terminaisons des noms, et adopta les auxiliaires pour simplifier la conjugaison des verbes. Les barbares introduisirent en Italie assez peu de mots, mais plutôt des tendances logiques auxquelles ils forcèrent le latin de plier. Pat exemple, la plupart d'entre eux possédaient l'article dans leur langue maternelle : ils l'imposèrent à leur nouveau langage, mais en le tirant du vieux latin 2 . Quant aux mots euxmêmes, on a remarqué que les termes qui expriment les choses nécessaires à la vie sont tous dérivés de l'ancienne langue latine, tandis que ceux qui désignent les choses

1. Par exemple, l'hébreu peut dire en un seul mot, sans employer d'auxiliaire, non seulement j'ai enseigné, mais j'ai enseigné exactement ou souvent; j'ai reçu ordre d'enseigner, je me suis enseigné à moi-même. Le grec ancien dit en deux mots je me suis fait faire un habit. Un seul mot suffit au latin pour dire j'avais cherché à prendre, etc. Au contraire, l'anglais, l'allemand, le grec moderne, n'expriment même plus, dans les verbes, l'idée accessoire de futur ou de conditionnel par une simple modification du présent; ils ont besoin pour cela d r un mot particulier qui se place devant le verbe et n'a pour mission que d'exprimer ces nuances de temps ou de mode.

2. Il, lo, la, gli, le, loro } tirés des divers cas du pronom* Me.

de la guerre et du gouvernement sont souvent d'origine barbare. Le vaincu, en effet, devait apprendre les mots que lui imposait la force, et le vainqueur ceux que lui enseignait le besoin 1 .

On ne saurait déterminer avec rigueur l'époque où commença l'usage de la langue italienne. Les langues ne naissent pas; elles se transforment. Il en est des idiomes comme des hommes qui les parlent : pour eux chaque journée paraît ressembler à la veille ; ce n'est qu'au terme d'une longue série de jours qu'apparaissent les changements. Quelques savants semblent avoir voulu établir que l'idiome italien existait à Rome dès le temps de la république et qu'il était dès lors la langue vulgaire du peuple. Ge paradoxe, qui n'a pour lui aucune preuve sérieuse, ne mérite pas même une réfutation 2 . Cependant il est vrai que, sous le règne de l'ancienne langue latine, il se trouvait dans la bouche du peuple des termes, des tournures, des habitudes de prononciation qui se sont conservées dans l'italien moderne 3 . Quoique nous n'ayons aucun monument authentique écrit en italien avant la fin du douzième siècle, il est certain que cet idiome était formé

1. Perticari, Difesa di Dante } cap. vin. — Walter Scott a fait une remarque analogue sur l'origine, soit saxonne, soit normande, de plusieurs mots de la langue anglaise. Les animaux dont l'homme fait sa principale nourriture ont chacun deux noms en anglais. Vivants, ils portent lé nom que leur donne le saxon, c'est-à-dire le berger, l'agriculteur (calf f hog, ox, sheep); tués et mis en morceaux, ils prennent les noms sous lesquels les désignaient le guerrier, le consommateur, le normand (veal, pork, beef, mutton).

2. Somnium est nulla confutatione dignum. Muratori, diss. 32.

3. On trouvait, dans les atellanes, orum au lieu de aurum; orientas pour auriculas; parentes au lieu de propinqui. Pour ipsi et ipse, on prononçait, sous Auguste, issi et isse, d'où les Italiens ont fait esso. Plaute écrit tssere pour esse,vemus pour hyems } minaccia pour minas, battuere pour pereutere. On disait familièrement bellus pour pulchcr, caballus pour equus. Pline, dit Bettinelli, emploie le mot letamen (fumier) et Sénèque jornus pour dies. Ausone se sert de testa pour captif, Apulée de minore pour ducere, etc.

a L'ITALIE.

à une époque bien antérieure. Les premiers essais qui nouja restent de l'italien écrit supposent évidemment un italien depuis longtemps parlé. Bien plus, on entrevoit la langue populaire à travers l'horrible latin dès notaires du dixième siècle 1 . Nous pouvons donc regarder la fin de ce siècle comme l'époque où la nouvelle langue est définitivement constituée. C'est aussi celle où le sol agité par tant de bouleversements commence à s'affermir. C'est la limite extrême où a pu descendre la barbarie, et d'où une civilisation nouvelle va lentement surgir.

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