A. de Puibusque, Histoire comparée.,, tome II, page
Si je soigne mes dents, dit-il, que Ton ne s'imagine pas que c'est parce que j'ai envie de mordre ; non, je veux seulement que ceux qui mordent voient que je suis en mesure de me défendre : je n'use que d'un droit naturel et d'armes permises.
Quand Votre Excellence aura besoin de plumes, elle n'a qu'à parler, je suis prêt à lui en fournir; car maintenant que je n'exerce pas la mienne, je n'ai rien de mieux à faire que d'en tailler pour les autres.
Il termine en assurant qu'il n'a rien de la légèreté des plumes, et qu'il ne tient qu'au duc de l'éprouver.
On n'a qu'à ouvrir la correspondance de Voiture pour retrouver, avec plus d'esprit et d'enjouement, le même ton, le même style épistolaire 4 . C'est de cette façon, mais avec un plus franc sourire qu'il envoie à Mlle de Rambouillet « douze galons de rubans d'Angleterre, pour une discrétion » qu'il avait perdue contre elle, et à Mlle Paulet, la lionne de l'hôtel Pisani, « plusieurs lions de cire rouge » en souvenir de « messieurs ses parents » les lions d'Afrique, qu'il a été visiter.
Les mémoires de Perez exercèrent aussi leur part d'influence littéraire. Attendus avec une avide curiosité par le monde politique ravi d'y voir Philippe II démasqué dans ses crimes et dans son hypocrisie, ils furent imprimés en France, réimprimés à Genève, traduits par un mauvais écrivain, Dalibray, réduits par le même traducteur en un recueil d'aphorismes politiques, et malgré la faiblesse de ces deux versions, ils eurent, en peu de temps, quatre éditions. Les lecteurs français furent frappés de cette énergie castillane, de cette gravité sentencieuse, de ce langage pompeux qui se révélaient chez nous pour la première fois. Les œuvres d'Antonio Perez furent, avec celles d'Antonio Guevara et de Balthazar Gracian, les modèles et les guides de Louis Guez de Balzac.
Cependant la langue et les coutumes castillanes se
1. Histoire, de la littérature française, 17 e édition, page 369.