‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avec le développement de la littérature française (volume 3)Chapitre 29 sur 138 · Tableau de la littérature au moyen âge, XIV e leçon · texte numérisé non relu

Tableau de la littérature au moyen âge, XIV e leçon

critique continue à opposer les deux classes contemporaines de chroniqueurs français et italiens, et montre chez les derniers un sérieux, une gravité, une intelligence des (affaires et des hommes, que les nôtres ne parviennent pas à compenser par l'enjouement et la légèreté gracieuse de leurs récits.

« Villani ne néglige rien de ce qui sert à la vérité. Il a par avance plusieurs caractères des historiens modernes : il explique les faits, il rend compte des causes et des moyens. Ce n'est pas qu'il ne s'anime parfois et ne décrive avec force ce qu'il a vu ; mais alors même il conserve son exactitude et sa précision d'homme d'état. La naïveté, la candeur de sa diction, qui" se mêlent à cette fermeté de bon sens, lui donnent sans génie une sorte d'originalité : sous ce rapport il a quelque ressemblance avec Gomines. Les mots dont il se sert , sont simples et naïfs ; sa pensée est forte et pénétrante. Dans une guerre, dans une sédition, il racontera simplement les faits; mais en même temps il vous fera bien connaître les ressources de commerce et d'impôt et toute la situation de chaque peuple et de chaque parti. »

A la mort de Jean Villani, son frère Mathieu entreprit de continuer son histoire, et la conduisit jusqu'à l'année 1361 et au onzième livre; il mourut alors de la peste qui désolait l'Italie, laissant l'œuvre de famille aux mains de Philippe, son fils, qui y ajouta quarante-deux chapitres et compléta à la fois le onzième livre de la chronique et l'histoire de Tannée 1363. Les deux continuateurs sont fort inférieurs à l'auteur principal. Mais Philippe s'est fait un autre titre à la reconnaissance de la postérité : il nous a transmis, dans ses Vies des hommes illustres de Florence , composées en langue latine, de précieux documents sur l'histoire littéraire de sa ville natale.

L'historien des Républiques italiennes, Simonde de Sismondi fait des trois Villani un éloge touchant, par lequel

nous terminerons avec plaisir ce chapitre. « Ces trois grands hommes, dit-il, ont été pendant plus d'un siècle mes guides fidèles pour l'histoire d'Italie, et par leur candeur, leur loyauté, leur franchise antique, leur attachement à la vertu, à la liberté, à tout ce qu'il y a de grand et de noble sur la terre, ils m'avaient inspiré une affection personnelle ; en sorte que je ne les quittai, pour poursuivre sans eux un voyage difficile, qu'avec la douleur avec laquelle on se sépare d'anciens amis. l »

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