Estudiar querria
Componer un romance de nueva maestria.
orme, devenue si fréquente et si nationale chez les Castillans, est, s'il faut en croire le savant Gonde, une fidèle imitation du mètre narratif et lyrique des Arabes; et on la retrouve dans leurs poèmes composés non seulement avant leur arrivée en Espagne, mais même antérieurement au siècle du Prophète 1 . Un petit détail historique, que nous avons déjà rapporté, nous fait assister, en quelque sorte, à cette transmission entre les Arabes et les Espagnols ; le pêcheur de Calcanassor et sa complainte en deux langues, chantée sur le même air, nous montrent les deux poésies assujetties sans doute aux mêmes lois métriques ainsi qu'aux mêines inflexions musicales.
Les chantres castillans ne s'écartèrent pas moins de la trace des trouvères français dans le choix des sujets que dans celui du rythme. Ils ne connaissent ni le roi Arthur, ni le Saint-Graal y ni les chevaliers de la Table ronde, si fameux dans toute l'Europe 1 . Seule, la gloire de Gharlemagne a pu, comme ses armes, franchir les Pyrénées. Encore les auteurs des romances n'accueillent le héros français que pour le vaincre à Roncevaux et lui tuer son neveu Roland.
Ici encore nous voyons la romance se détacher par degrés de la chanson de geste; l'Espagne, dé la France. Les pièces castillanes qui ont pour sujet le cycle carlovingien sont quelquefois d'une remarquable longueur. L'une d'elles n'a pas moins de treize cents vers : et il faut observer que
1. Gonde, Domination de los Arabes. I. Prologo, p. xvm et p. 169. — Cet auteur s'exprime d'une manière plus décisive encore dans un ouvrage manuscrit cité par Ticknor : « Dans la versification de nos anciennes romances et de nos seguidillas, nous avons emprunté aux Arabes le type exact de leurs vers. — Dès l'enfance de notre poésie, nous avons eu des vers composés suivant le rythme usité par les Arabes avant l'époque du Coran. »
2. Les romances ne parlent d'Amadis, de Lancelot du Lac, de Tristan de Léonnais que très rarement, et seulement après que les romans en prose, remplis de leurs aventures, les ont rendue» familières à tons.
les plus développées sont généralement les meilleures» Souvent la même assonnance se prolonge pendant une grande partie du poème, et produit, comme dans les œuvres de nos trouvères, l'harmonie grave et solennelle d'un récitatif bien soutenu. Souvent aussi on rencontre dans les collections de romances une particularité que Fauriel a remarquée dans nos chansons épiques : c'est que le même fait se trouve reproduit avec de légers changements dans diverses : ballades, qui semblent autant d'imitations du même original. On devinerait, à les entendre, ce que des documents positifs nous apprennent, que les plus anciens de ces poèmes ont été recueillis de la bouche du peuple et fixés par l'écriture longtemps après leur composition.
En effet, les romances sont la tradition vivante de l'Espagne, la mémoire commune de cette poétique nation : c'est le livre de tous, composé ou plutôt improvisé par, tous. Nées dans les vallées de la Sierra Morena, ou sur les bords de la Turia et du Gruadalquivir, elles sont chantées encore par les muletiers espagnols comme aux jours de Cervantes, où Don Quichotte les entendit sur la route du Toboso; elles retentissent aujourd'hui dans les rues de Séville, comme alors dans l'hôtellerie solitaire de Montesinos, et vivront probablement aussi longtemps, que la nation qui les* créées conservera son caractère et son indépendance 1 . .
La matière qu'elles embrassent est des plus vastes. La vie héroïque de l'Espagne s'y reproduit tout entière. Un petit nombre nous parlent de la période des Romains et de celle des Goths : mais à partir du roi Roderic et de l'invasion des Maures elles deviennent nombreuses et riches de détails. Aucun peuple ne possède un pareil trésor de poésie historique. D'abord, apparaît le contemporain de Gharlemagne, Bernard del Garpio, né des amours du comte