‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avec le développement de la littérature française (volume 3)Chapitre 81 sur 138 · PamphiluSy de Documente amoris · texte numérisé non relu

PamphiluSy de Documente amoris

moral n'est rien. La poésie serpente à longs flots à travers les replis sinueux de la fable, et la versification en est si soignée, qu'on y retrouve quelquefois les plus savantes combinaisons des canzoni de Pétrarque. Chose étrange, les premières comédies véritablement espagnoles ne furent point faites en Espagne. Naharro, après avoir été, comme G^rvantes, captif à Alger, avait fixé son séjour en Italie. C'est à Naples que furent d'abord représentées ses pièces, et l'on ne peut affirmer avec certitude qu'elles l'aient été dans sa patrie. Cependant le recueil qu'on en publia à Naples en 1517, sous le titre de Propaladia, fut reçu en Espagne avec la plus grande faveur, et donna naissance à de nombreuses imitations.

Après ce premier élan, le drame espagnol s'arrête quelque temps. Le génie semble tarir à sa source ; ou plutôt il dérive dans' d'autres directions. C'est l'époque des Boscan, des Garcilaso , des Herrera , des Mendoza, des Louis Ponce, de tous ces poèmes lyriques ou élégiaques, de tous ces essais épiques dont nous avons parlé. La nation était trop agitée par les grandes entreprises où l'entraînait l'ambition de Charles-Quint pour avoir le loisir de se contempler elle-même dans le miroir paisible du théâtre. Le drame était partout : pourquoi l'aller chercher sur la scène? De telles époques sont fécondes, mais seulement pour l'avenir. D'ailleurs pendant la vie toujours voyageuse de cet empereur étranger, environné d'Allemands et qui ne résida presque jamais en Espagne, il manquait aux jeux scéniques un centre où pussent affluer les rivalités du talent et les encouragements de l'opulence.

Le théâtre national était tombé" dans une telle défaveur qu'en 1548, au mariage de l'infante Marie avec le grandduc Maximilien, quand on voulut donner une représentation théâtrale à la cour, réunie à Valladolid, on joua en italien une pièce de l'Arioste. Au milieu de ces circonstances, un homme bien inférieur à Torres Naharro, et peu

doué pour la poésie, mais excellent acteur, habile à, saisir et à rendre la réalité, acquit une réputation peu justifiée par ses œuvres ; ce fut Lope de Rueda (1554-1567), batteur d'or de Séville, rendu célèbre par les éloges exagérés de Cervantes. Il passa aux yeux de ses contemporains pour avoir créé l'art dramatique : il n'avait fait que lui rendre quelque chose de son premier éclat.

Cependant en 1565 s'établit à Madrid une confrérie de la Passion qui obtint le privilège de louer des salles aux troupes d'acteurs; bientôt après la confrérie de Notre- Dame de la solitude partagea cette faveur. Les théâtres de la Cruz et del Principe s'élevèrent. Le génie dramatique ne pouvait manquer de répondre à l'appel.

Quelle forme allait-il prendre? Quel système devait s'emparer de ces splendides théâtres? La question paraissait encore douteuse, c'était l'âge de la Renaissance. Un dominicain, Jérôme Bermudez, lança, sous le pseudonyme de Antonio de Silva, deux tragédies de forme antique, dont les aventures à'Inez de Castro furent le sujet. Un autre lettré, Pedro Simon de Abril, donna au théâtre une imitation du Plutus d'Aristophane, de la Médée d'Euripide, et de plusieurs comédies de Térence. D'un autre côté, avec plus de talent, Juan de la Gueva et Gristobal de Virues se jetèrent franchement dans le parti populaire. Malgré les inclinations évidentes du public, la balance semblait indécise : il fallait pour l'emporter l'apparition d'un homme de génie.

Cervantes sembla devoir donner la victoire au parti classique. Le bon sens, la haute raison de l'auteur de Don Quichotte , ne pouvait amnistier les écarts de l'imagination, fussent-ils même conformes au caractère national.

Les comédies, fait-il dire à son chanoine 1 , tant les historiques que celles d'invention, sont des inepties évidentes, et n'ont ni pieds ni tête.

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