‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avec le développement de la littérature française (volume 3)Chapitre 91 sur 138 · CALDERON DE LA BARCÀ · texte numérisé non relu

CALDERON DE LA BARCÀ

sur un théâtre déjà préparé par des devanciers tels que Lope de Vega ; qu'il y fasse entendre sa voix dévote et mondaine, ascétique et passionnée 5 qu'il prêche la foi catholique et l'honneur chevaleresque au milieu d'une foule ignorante et raffinée, irréfléchie et enthousiaste, pour qui la religion est une patrie, et qui s'attache d'autant plus ardemment à ses dogmes, qu'ejle croit, moyennant certaines pratiques, pouvoir allier toutes les passions avec toutes les vertus, et vous aurez une idée du génie de Galderon et do sa domination sur les âmes de ses contemporains.

Parmi ses nombreuses compositions dramatiques 1 , celles qu'il affectionnait le plus, celles qui sans doute lui conquirent la plus grande vogue populaire, furent ses drames religieux. Jamais il ne livra à la presse aucune comédie profane ; mais il fit imprimer lui-même ses Actes weramentaux ; il craignait que leur caractère sacré et leur pure orthodoxie ne fussent altérés par une publication «ubreptice et fautive.

Ses autos présentent, avec plus d'imagination et d'éclat, les mêmes caractères que ceux de Lope de Vega. Si l'on tient compte du prologue (loa) qui les précède, ils sont presque aussi longs que les comédies régulières. Ils ont pour sujets, comme les autos de ses devanciers, des allégories dévotes analogues à nos moralités. C'est Le premier et le second Isaac j La vigne du Seigneur, Les épis de Ruth, Le divin Orphée, La première fleur du Carmel. Tous sont remplis de personnages abstraits, tels que le Péché, la Mort, le Mahométisme, le Judaïsme, la Justice, la Charité. Presque tous renferment des passages d'une admirable poésie lyrique.

Mais les autos de Calderon sont loin de former la totalité

1 . Nous avons aujourd'hui soixante-douze autos et cent dix-huit comédies qui appartiennent afuthentiquement à Calderon.

de ses pièces religieuses. Dans ses intrigues les plus profanes et les plus légères circule le souffle de l'Église. En outre treize ou quatorze de ses comédies ont pour sujet des légendes dévotes, comedias devçlas, comedias de santos.

Parmi celles-ci la plus célèbre et Tune des plus caractéristiques est celle qui a pour titre La dévotion à la croix. Cette pièce a obtenu des éloges passionnés et dé violentes attaques. G. Schlegel, au nom de son amour rétrospectif pour le moyen âge, Ta admirée et traduite. Sismondi Ta sévèrement condamnée au nom du goût moderne, du bon sens et de la morale. Tous deux avaient raison, comme l'établit fort bien Philarète Ghasles, dans une excellente analyse * que nous' empruntons en l'abrégeant.

Vous n'êtes plus en France : vous avez quitté le dixneuvième siècle. A droite vous avez le couvent, à gauche, l'auto-da-fé, partout le crucifix. Vous pour qui vivre c'est douter, transformez-vous, essayez de croire : vous êtes Espagnol. Les sierras sauvages des Alpujarras ou les maisons jaunes de Madrid ont frappé vos yeux lorsqu'ils s'ouvraient au jour. Pour vous il n'a jamais existé de Voltaire. Voyez ce grand symbole ardent et ensanglanté qui plane sur l'Espagne, c'est la croix*.

Si, vous détachant de la critique vulgaire, répudiant ses tristes formules, vous élevant à la contemplation des variations de la pensée humaine et de ses élans les plus insolites, vous savez vous métamorphoser pour comprendre, lisez, devenu fanatique, le drame fanatique de Calderon.

Dans une gorge de montagne, au sein d'une solitude âpre et sauvage, loin de tous les chemins fréquentés, au milieu des rocs jaunis par le soleil et de grands blocs de pierre superposés, aux arêtes aiguës, qui se dessinent du-

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