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ré^l, inimitable perfection du style et du rythme, rien ne manque à ces œuvres charmantes. Ce n'est point par Tétrangeté, par l'audace qu'elles se distinguent, comme souvent les premières poésies; quoiqu'elles soient bien de leur temps, de leur pays, de leur auteur, elles sont belles au même titre que tous les chefs-d'œuvre durables, origi* nales sans être singulières, belles de cette beauté vraie et universelle que l'homme ne cesserait d'admirer qu'en cessant d'être humain par l'esprit et par le cœur.
Schiller ne fut pas moins heureux alors dans la poésie lyrique proprement dite. C'est à cette époque qu'appartiennent quelques-unes de ses plus gracieuses et de ses plus puissantes productions en ce genre, par exemple La rencantrey Le secret y Vattente^ poèmes qui sont tellement dans l'esprit et dans \^ manière de 6œthe, que si nous ne savions, par des témoignages positifs, qu'ils sont l'œuvre de Schiller, nous pourrions, pour eux comme pour quelques épigranunes des XénieSj douter auquel des deux amis nous devons les attribuer. Ici Schiller a conquis ce qui lui manquait jusque-là, le don de créer une situation, un sentiment extérieur à lui-même et de vivre poétiquement dans une vie qui n'est plus la sienne.
Dans l'année 1799 parut le poème intitulé La elochey « la plus parfaite, au point de vue de l'art, de toutes les œuvres lyriques de Schiller, dit M. Hettner. Le travail, les progrès de la fusion de la cloche fournissent au dialogue du maître et de ses ouvriers l'occasion la plus naturelle, le thème le plus varié et le plus complet dans son unité. Sans effort, sans recherche, le poète s'élève, des considérations que lui suggèrent les divers emplois de la cloche, aux peintures les plus larges de la vie domestique et de la vie publique. Il rencontre et inspire les émotions les plus tendres et les plus solennelles de la poésie lyrique. Sa langue et sa versification y atteignent un pouvoir dépeindre auquel les ballades elles-mêmes n'avaient pu parvenir. »
SCHILLER, tROISIÊME PÉRIODE. 319
Guillaume de Humboldt, dans la préface de sa oorres* pondanoe avec Schiller, apprécie ainsi ce poème': « Je ne connais pas une seule œuvre, dit-il, dans quelque langue que ce soit, qui renferme, dans une étendue si restreinte, un si vaste ensemble poétique, qui parcoure d'un élan si vraiment lyrique toute Téchelle des sentiments les plus profonds, toute la vie de Thomme avec ses événements et ses époques les plus importantes. C'est une épopée dont la nature môme a tracé le plan et les limites. »
Ce qui, dans ce petit drame lyrique et descriptif, mérite le plus d'admiration, c'est que cette chaleur d'éloquence, cette vérité de sentiment est excitée dans le cœur du poète, non par un individu, par un événement particulier, mais par l'humanité tout entière comprise dans son ensemble, embrassée dans ses joies et dans ses douleurs. Sans sortir des généralités, si froides pour tout autre, Schiller trouve dans son âme les accents les plus tendres. L'émotion sin«cère qui respire dans toutes les parties du poème fait plus que racheter ce que le cadre peut avoir de trop artificiel.
Toutefois, ce qui devait mettre le comble à la gloire de Schiller, c'était le drame, non plus le drame de ses débuts, le drame d^ assaut et d'irruption^ mais celui que ses forces nouvelles se sentaient capables de créer. Les plus illustres de ses amis, G. de Humboldt, le coadjuteur Dalberg, Wieland, le poussaient dans cette voie. Jean de MûUer avait prédit que si l'Allemagne devait avoir son Shakspeare, elle le trouverait en Schiller. Weimar avait alors un théâtre permanent : Gœthe en était le tout-puissant directeur. Après quelques hésitations sur le choix du sujet, Schiller se décida pour un épisode tragique qui l'avait frappé longtemps auparavant dans ses études de la guerre de Trente ans, la mort de Wallenstein.
Transporté sur la scène, ce sujet devait avoir pour des
spectateurs allemands un saisissant intérêt : c'était leur histoire nationale qui se déroulait à leurs yeux dans une de ses plus terribles époques. De plus au moment où Schiller composait son œuvre, l'agitation qui soulevait alors en Europe toutes les passions politiques et présageait de si violents orages, préparait les esprits aux émotions austères d'une grande tragédie historique.
L'ère nouvelle qui s'ouvre aujourd'hui... donnera aussi de l'audace au poète, dit Schiller dans son prologue. Il quittera l'ancienne voie, il vous tirera du cercle étroit de la vie bourgeoise, pour vous transporter sur un théâtre plus élevé, qui ne sera pas indigne du caractère imposant de l'époque où nous nous agitons dans nos efforts. Les grands sujets peuvent seuls remuer les profondeurs de l'humanité. Dans un cercle étroit, l'esprit se rétrécit; l'homme grandit en prenant un grand but. Et maintenant que nous touchons à la fin sérieuse de ce siècle où la réalité est de la poésie, où nous voyons sous nos yeux de puissantes natures combattre pqur un prix important, où la lutte éclate entre les deux grands intérêts de l'humanité, le pouvoir et la liberté; maintenant l'art du théâtre doit prendre un vol plus élevé et ne doit pas rester au-dessous du théâtre de la vie *.
Ce n'est pas que le poète se fît illusion sur la valeur réelle de son personnage principal. <« Le caractère de Wallenstein, écrit Schiller à ses amis, n'a rien de noble; il ne fait preuve de grandeur dans aucun acte particulier de sa vie ; il a peu de dignité. Pour le relever, il aurait besoin du succès, et le succès lui manque : son entreprise, moralement mauvaise, est historiquement malheureuse. » Gomment donc en faire un héros de tragédie ? En concevant le drame à la manière antique, en plaçant au-dessus du personnage principal un acteur plus grand que lui, un acteur invisible et effrayant, la fatalité. Wallenstein sera, comme l'Œdipe roi de Sophocle, une grande, mais impuissante victime, un magnifique jouet de l'inéluctable destin.