Raleigh's letter, in Chalmer's Apology^ page
teur avait lieu cent ans plus tôt qu'en France, au seizième, siècle, à l'aurore même de la Renaissance et des temps modernes. Cette circonstance enrichit le génie de tous les avantages qu'elle enlevait au goût. L'antiquité classique venait de sortir des cloîtres : elle se montrait encore légèrement voilée, et dans ce demi-jour si favorable à l'invention poétique. Elle éclairait déjà sans éblouir encore : elle provoquait le talent sans étouffer l'originalité. Aucun modèle consacré ne s'imposait à l'admiration; aucune autorité ne dictait ses lois tyranniques. Les lecteurs étaient moins dédaigneux et les écrivains moins timides ; les uns jugeaient plus par sentiment que par critique, les autres composaient moins par métier que par inspiration. « Un reste d'imagination romanesque, dit Campbell, se faisait reconnaître dans les mœurs et. les superstitions du peuple. L'allégorie courait les rues, pourrait-on dire, dans les fêtes et les cérémonies publiques ; la philosophie des âmes les plus élevées conservait une tendance à l'enthousiasme poétique. Cet esprit de poésie se retrouvait dans l'héroïsme pratique. Quelques-uns des héros de ce temps semblent moins des hommes ordinaires que des êtres empruntés à la fiction et parés de tout l'éclat de ses rêves. C'était un siècle de loyauté, d'exploits aventureux et d'émotions généreuses*.-»
Lorsqu'en 1575, Robert Dudley, comte de Leicester, reçut Elisabeth dans son magnifique château de Kenilworth, ce fut une longue fête mythologique et allégorique, où tous les jeux de la fantaisie et de l'érudition classique se mêlèrent pendant dix-neuf jours. La reine, à son arrivée, fut accueillie et complimentée par la Damé du lac, accompagnée de deux nymphes portées sur une île flottante, éclairée par une brillante illumination; puis vinrent des géants du temps d'Arthur. Le cortège eut à