Faerie queeriy London, 1590-1596, in
Edmund Spenser, né à Londres ou dans le voisinage de LoQdres vert Tan 1553 mourut dans la mdme ville en Ud9*
monde Gloriana, la reine des fées, qu'il a vue en songe et qu'il aime comme doit aimer un chevalier. Gloriana tient une cour plénière : tous les preux qui Tentourent demandent et obtiennent d'elle une entreprise à accomplir, et les voilà qui s'élancent chacun de son côté à la conquête d'une terre enchantée, laquelle se transforme et s'idéalise sous leurs pas. C'est le monde de Tristan et de Lancelot du Lac; ce sont les aventures de Roland et d'Astolphe, des géants et des nains, des princesses dépossédées, des damoiselles fugitives, des châteaux magiques, des monstres inouïs. Toutes ces formes, toutes ces aventures, foisonnent et pullulent dans La reine des fées avec une fécondité incroyable. Spenser imagine sans cesse; « c'est là son état naturel : il n'a qu'à clore ses paupières pour éveiller les apparitions; elles affluent en lui, elles surabondent, elles s'entassent; on se dit qu'il aura beau les prodiguer, elles regorgeront toujours, plus amples et plus pressées* ».
Ne vous fiez pas à la surface. Nous ne sommes plus au treizième siècle : toutes ces fantaisies charmantes ou terribles qui agitaient l'imagination de nos aïeux ont besoin d'avoir pour appui une crédulité naïve que le seizième siècle ne peut plus leur offrir. L'Arioste y avait suppléé par la grâce du sourira : de toute sa fantasmagorie chevaleresque, il ne prenait au sérieux que les charmes de ses héroïnes et la passion de leurs chevaliers. Spenser, qui sourit peu et qui n'a guère de passion, a recours à un autre expédient, l'allégorie. Regardez-y de près. : ces héros, ces fées, ces princesses ne sont pas des paladins et des héroïnes, mais des vertus, des vices, ou pis encore, des courtisans de Windsor idéalisés par la flatterie. Leurs noms mêmes déchirent à chaque instant le voiJe transparent de la fiction. Gloriana t'est la gloire, mais c'est aussi