‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avec le développement de la littérature française (volume 4)Chapitre 85 sur 121 · Scheinpflug, Kurze Litteratfxrgesehi'Oktê, S. 9V · texte numérisé non relu

Scheinpflug, Kurze Litteratfxrgesehi'Oktê, S. 9V

NAISSANCE DE LA UTTÉRATURE ALLEMANDE, t^l

coâvAÎto'ôil fet rigid'^, et ftlt lur-mé&«) jusqu'à Tâge d^ viligtt\)M[ anA^ èlMfi^M dans u&^ «tustère dévotion. PoèC^, OU du lùôtns versifitale^r dès »oû Bufauce, étudiaât et admirant d^ loin Gott«<^ed^ qu'il regardait) dit41, comme «ion ^ M^^mtë Apï^lho »^ il se lia p^urUttt l)ieâtdt avec l'école ïiYHlè', èttvuya É^i <èêéai« à Bôdmer^ reçut feû échaage des encôuY^gemeuts, deis éloges^ une tuvitatiou à ee rendre à £i]iH((îh, à demeurer daUB la maison du téuéré critique^ où il i^la eh effet dent àne (17534754), enmm^ ami^ comme élève, héritant ainei de là ^aee et de l'affectito que Bodn^et avait «iccôrdée dent an« auparavant à Rlopetock.

A la fin de <^ttè première période de sa vie^ éâ U&8, Wifeland avait déjà beancôup In, beaueonp écrit* Il eut le bon gt>ût de jeter au fen lee nombreux essaie de son enfimce ; ei quant à cent de ea jeuneese, qn'il livra «tu public^ ils étaient loin d'annencei^ snn futnr earaeière* C'étaient un poèiné dîdaciiqne et religient, des épitïree »nràle«> des critiques littéraire», bi^n entendn dane le een» de l'école eniftÉe, des Coni^idératii^ne phllosophtqnes et plateniciennes, de» hymnes reliaient, des œnvres « séraphiques )», en un Mot. Wieland commit même, à l'exemple de Bndmef, une tt patriarchade » : LMpi^ettoe on Le 9a/tHfiàé €P:ièrttft»m.

Cependant la tutelle littéraire et mômle du ptio^aenr iznricnois commençait à lui peder : il prél^i^a bientôt à ion

sévère ami une société plus jeune et plus mnnd^ine. Wieland annonçait lui-même dans' quelques phrases* de «es lettres la révolution intelleetuelle qui se pih^partdt en lui x « Je me montrerai peu à peu tel que je suis ; le volln tom-^ bera, écrivait-il; il en sera du mystique, du Bodmérien ce qu'il advient de tous les fantômes... 4 On m'a pris pour tout ee que je ne suis pas. J'id acquis de l'etpérienee et j'en proÛteraL J'ai toujours aimé avec passion le vrai, le bon et le beau ; j'emploierai toutes mes forces pour atteindre ce que j*ai appris à aimer ; bref, j'ai maintenant vingt^èinq ans derrière moi. )t

Le hasard, comme toujours, vint en aide au naturel : en 1762, un homme du grand monde, imbu de tout l'esprit français du dix-huitième siècle, le comte Frédéric de Stadion, ancien ministre de l'électeur de Mayence, fixa son séjour au château de Warthausen, près de Biberach, où Wieland avait été rappelé par ses compatriotes pour exercer des fonctions municipales. Le comte y amenait avec lui le conseiller aulique M. de La Roche, homme du monde aussi et philosophe^ comme les gens du monde Tétaient alors. M. de La Roche connaissait les auteurs finançais et anglais à la mode ; il avait publié des « Lettres contre le monachisme ». Sa femme, Sophie Gutermann, était unQ belle personne, instruite, intelligente, cousine de Wieland, et autrefois l'objet de ses platoniques hommages. Warthausen devint le centre d'une réunion aimable, un « salon » qui rappelait un peu ceux de Paris. A cette école, Wieland tâcha de se faire Parisien : il relut avec plaisir Voltaire, Fontenelle, Diderot, D'Alembert, même Helvétius et d'Holbach ; il étudia Rousseau, mais pour le combattre : il était déjà trop voltairien pour aimer ce rude et paradoxal Genevois. Il remonta même, et c'est pour lui un mérite littéraire, au delà de notre dix-huitième siècle; il devina et aima notre moyen âge à travers les jolies transformations de M. de Tressan, et leur dut le germe de ses meilleurs ouvrages.

Le plus grand danger dBs éducations mystiques, ce sont les réactions radicales qui les suivent : le jeune fanatique détrompé devient aisément un sceptique ou pis encore; Wieland réveillé de ce qu'il appelle la « métaphysique endormante », se fit pour toute sa vie l'ennemi juré de l'enthousiasme ». Il passa avec armes et bagages dans le camp des « lumières {Aufklœrung) » et en prit bientôt la direction. « Je renonce, écrit-il, aux idées sublimes, graves et sombres.... Je suis peut-être, dans mes fantaisies et sentiments, aussi idéal, c'est-à-dire aussi fou que

l'enthousiaste le plus décidé, mais ma folie me fait du bien et jamais de mal. »

Dès lors ses compositions prirent un caractère léger et ironique. Il publia d'abord des contes badins ou comiques, empruntés aux auteurs célèbres de la Grèce, de l'Italie, de l'Angleterre, de la France et, comme ses modèles, assez peu respectueux de la décence ; un roman satirique imité du Don Quichote^ mais bien inférieur à son modèle, Don Si//mo de Bosalva^ dont le sous-titre indique assez la tendance : « le Triomphe de la nature sur l'exaltation»; Agathon, espèce de biographie de Tauteur, son chef-d'œuvre en prose, et le meilleur roman moral qui eût paru jusque-là en Allemagne, dit Lessing ; puis des ouvrages en vers : Aspasie; les fragments de Psyché^ grand poème sur l'amour; Idris et Zénide^ histoire de chevalerie écrite en vers charmants ; Musarion ou Laphilosophie des Grâces^ poème en trois chants qui passe pour une de ses meilleures œuvres, et dont le sujet est emprunté, comme celui d'un grand nombre d'ouvrages de Wieland, à l'époque et aux mœurs de l'ancienne Grèce.

Dans ces œuvres et dans plusieurs autres, Wieland est un poète principalement erotique, sensuel, qui prend à tâche de railler l'idéal, ou du moins de le subordonjaer aux jouissances vulgaires. C'était engager la littérature naissante dans une mauvaise route. Wieland donnait sans doute à l'Allemagne une poésie allemande; les lecteurs mondains et frivoles n'étaient plus contraints d'aller chercher en Italie, en Angleterre, en France, les peintures légères qui charmaient leurs loisirs; mais cette poésie n'avait rien de national, ni les sujets ni l'inspiration. Aussi, en face de nombreux admirateurs, le poète eut-il de violents adversaires. Ceux qui avaient applaudi la Messiade et toutes les poésies « séraphiques » s'indignèrent; le cercle littéraire et moral de Gôttingue, ne crut pas pouvoir proclamer ses sentiments d'une façon plus énergique

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qu'en brûlant «oleundl^ment Im œuvres de Wt^ttad^ au jour anniversaire de la naissance de Klopstotk^

G^s ÀV^tiBsemouts de l'opinion publique fie furont pdint iuutileis à Wieknd. Nommé professeur de philosoj^b à l'univor«ilé d'Erfurt (1769)) il donna plus d« gmvité à «^ écritS) plus de sérieux à ses études» Ôidisi bientôt (i7?â) par là duch^se Ann«>-Ainâlie de Weimar p^ur diriger l'édutalion de ses deux fils^ Oh&rles^uguste et Gonstutbtin^ il fui le premier &n date des hommes léittineists ^ui «e réunirent dans cette cour, et en firent pendant cinquante aus le plus brillant foyer li.tténire, l'Athènes de TAUe*magnai

A cette trt>(sièfiàe période de k vie de Wieland (1768- 1813) appartiennent «es <£uvres les plus remarqui^lis : d^àbord ses romans politiques, Le miroir 4'vr ou Le» mis dt Sckeé^èhi/any espèce de Télémaque du db«^huitième ftièelè, d'union agréable et badin, plus voisin de Grébillon jeune que de Fénélon ; ÏHistoirfe du mgé DdtHischtnfend^ suite du roman préeédent> écrit dans le même esprit, atèe une teinte de pastorale; V Histoire des Abdéritéimy satire des petites principautés de l'Allômagne et en Même tempe du clergé et des institutions religieuses; puie l&e pô^eè de longue haleine ; Le nùui)el AmâdiSj épopée éhevaler^que en dix^iuit chants, tissu de récits charmante et légère, dans le genre des poèmes héroï^comlques de l'Italie, plein d^allusions à nos auteurs fhtnt^àis et mémo de moU et d'expressions empruntée à notre kngue; ÙéroH le Gouriois (1777), tiré de nos romane de la Table Ronde, que le c^mte de Tressan venait de populariser (1776) diMi« sa BikU/ù^que des romans ç enfin en 1760, Obéren^ lo chef-d'œuvre poétique de Wieland, emprunté, lui aussi, 4 la fVan^%, à la chanson de geste Huon de Bùrdmnim.

A l'apparition à'Obéron^ Goethe, devenu déjà depuie quelques années l'ami intime de l'&uteur, lui envoya un^ couronne de laurier comme témoignage de son admiration.

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li éctivkit 611 même temgs à Làvater ; tt Tant que k |ioé- «ie sera poésie^ que For sera de Tor et le cristal du cristal, Obér^n aussi sera aimé et addiifé comiùe un chef-d'œuvre de poésie*» »

Obéf^n fut Tua det^ derniers, comme lé plus j^eau des poèmes de Wieland, Il n'écrivit guère ensuite que des ^ ouvrages en prose^ des ouvrages philosophiques, si l'on peut appeler ainsi ses brillantes et superficielles productions. Fixé à Weimar et dans sa propriété d'Osmanstadt, voisine de cette ville, marié, père de quatorze enfants, aimé et honoré de tout le monde, régnant en partie sur l'opinion publique par ses revues, son Mercure allemand (1775), son Musée atlique (179^), son Nouveau musée attique (1806), il vit consacrer son succès par la magnifique édition, en trente-six volumes, de ses Œuvres corn-plètes qu'il publia à Leipzig en 1794. Sa gloire s'étendait

au delà de rAllemagne. Eh 18t)â, il fat nommé membre correspondant de l'Institut de France ; en 1808, cinq ans av«int sa mort. Napoléon eut avee lui à Srfurt une longue entrevue ^t lui remit k (iroix de U Légion d'honneur»

tt De tous les Allemands qui ont éorit dans le genre français, dit M«* de Staël» Wi^llind est le seul dont les ouvrages aient du génie >' et quoiqu'il ait presque toujours imité les littértiture» étrangères. On ne p«ut méconnaître les grands ser^^ices qu'il a tendus k sa propre liittérature en perfectionnant sa langue, en lui donnant une vt&rsifi» cation plus fiicile et plus harmonieuse.

« Il est yrai néanmoins, ajoute le même critique» qu'il n*était pas avantagent à son pays que ses écrits eussent des imitateurs. L'originalité nationale vaut mieux, et l'on devait, tout en reconnaissant Wioland pour un grand maîtifo, souhaiter qu'il n'eût pus de difedptei \ »

L Cîlé par M. Baîlberg, Wieland^ Élude Utlèraîre^ page MO. 2. Staël, De VAUemagnej chapitre )v.

U était temps d'avertir TAllemagne du danger où l'exposaient les succès même de Wieland : c'était à la critique de jeter le cri d'alarme. Bodmer était trop faible et trop incomplet pour porter le drapeau de la littérature nationale ; Gottsched, loin de combattre Wieland, eût trouvé en lui son idéal ; la critique féconde et créatrice rencontra successivement deux organes puissants, Lessing et Herder.

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