‹ Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avec le développement de la littérature française (volume 4)Chapitre 94 sur 121 · Vom Vater hab'ich die S/a/ur · texte numérisé non relu

Vom Vater hab'ich die S/a/ur

De» Lebens emeles Fûhren; Vom Mûtterschen die Frohnatur^ Und Lust zu fabuliren.

Le caractère de Goethe porta pendant toute sa vie cette double empreinte : « Si on cherche l'expression la plus simple de ce caractère complexe, dit très bien M. Mézières, on le ramènera à deux traits principaux, la sensibilité et la raison.... Gœtlie a la sensibilité d'un artiste et d'un poète, c'est-à-dire le privilège de sentir profondément les souffrances et les plaisirs..., mais il est en môme temps préservé des émotions ordinaires par la solidité de sa raison soutenue d'une volonté énergique. *» Gœthr, Le9 auvres eœpHguées par la vie, I. 197.

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furent également actives et universelles; tout comprendre, c'était tout posséder.

Après cette première instruction, Gœlhe alla passer trois années à l'université de Leipzig. Son père Vy envoyait étudier le droit : Wolfgang y étudia le monde et la poésie. Il y fit et brûla tout un volume de vers et de prose. Deux comédies, qu'il épargna alors et remania ensuite (Le caprice de V amant et Les complices) indiquaient, malgré leur médiocrité, un progrès décisif. Le jeune poète commençait déjà, ce qu'il fit plus tard avec tant de succès, à s'inspirer de la réalité et à mettre sa vie dans ses œuvres. « Ainsi se déclara, écrit-il lui-même, cette disposition à transformer en image, en poème, tout ce qui me causait de la joie et du tourment... non moins pour rectifier mes idées sur les objets extérieurs que pour me calmer intérieurement... Toutes les œuvres de moi que le public a lues depuis ne sont que les fragments d'une grande confession. »

La période la plus féconde de Téducation de Gœthe fut son séjour à Strasbourg (1770-71). Loin du contrôle paternel, il commença alors à vivre de sa vie, et à se jeter avec passion dans les études de son choix. Le droit, qu'il y venait apprendre, fut le moindre de ses travaux; il s'y fit néanmoins recevoir docteur, pour satisfaire sa conscience et son père. Mais son occupation principale fut de vivre par l'intelligence et le cœur. Les sciences naturelles, la médecine, la philosophie, les langues, les littératures furent tour à tour ou en même temps l'objet de ses méditations. Une jeune colonie d'Allemands se réunissait à une table commune : Gœthe en respira l'esprit et en devint bientôt le directeur moral et le chef. Il y comprit et adopta les sentiments qui animaient la jeunesse allemande pendant la période d'assaut et d'irruption; mais déjà il la dépassait. Un grand maître, qu'il rencontra pour la première fois à Strasbourg, lui enseignait une route nouvelle.

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Ce maître n'était rien moins que Herdei*. Plus âgé que Goethe de cinq ans, Herder déjà précédé d'une grande réputation littéraire était venu à Strasbourg pour y faire traiter une affection des yeux dont il souffrait. Le hasard le mit en rapport avec Gœthe. Ils se rencontrèrent au pied de Tescalier d'un hôtel, où tous deux venaient faire visite. Herder portait un costume ecclésiastique, des cheveux frisés et bouclés, un habit noir et un long manteau de soie de même couleur, dont le pan était retroussé dans sa poche. « Ce costume quelque peu singulier, mais au total élégant, que j'avais déjà entendu décrire, dit Gœthe dans ses Mémoires, ne me laissa aucun doute que l'étranger ne fût l'homme célèbre dont on nous avait annoncé l'arrivée ; et la manière dont je l'abordai dut lui persuader que je le connaissais... Mon air franc et ouvert parut lui plaire... la conversation s'anima bientôt. En le quittant, je lui demandai la permission de le revoir, qu'il parut m'accorder avec plaisir. »

Herder fut pour Gœthe un ami sévère, morose, ironique. « Il ne fallait jamais compter sur son approbation, de quelque manière qu'on s'y prît. » Mais il y avait tant à gagner dans sa conversation, que le jeune étudiant subit son joug avec docilité. « Je me trouvai alors initié à toutes les vues nouvelles de nos lettrés... On ne peut se faire une idée juste du mouvement d'un esprit de cette force, ni des pensées et des études dont se nourrissait cette riche et féconde nature. »

Herder acheva de détacher Gœthe des traditions de l'ancienne école : il le délivra des derniers liens qui l'attachaient encore à l'esprit français ; il déchira le voile qui cachait aux yeux de l'étudiant la pauvreté actuelle de la littérature allemande, et au milieu des espérances complaisantes et présomptueuses du jeune poète, proposa à ses efforts un but plus élevé et plus difficile. En même temps il lui faisait part de ses idées toutes nouvelles sur la nature et

l'histoire de la véritable poésie populaire. La Bible, que Goethe avait lue et goûtée dans son enfance, lui apparut alors avec une grandeur et une puissance inconnue. Avec Herder il lisait et traduisait Ossian ; avec lui il parcourait l'Alsace, recueillant de la bouche des vieillards les anciennes chansons et les vieilles mélodies populaires; par ses conseils il se mit à rapprendre le grec pour lire, comprendre et admirer Homère. Il y joignit le poète que tous les assaillants et irrupteurs plaçaient au premier rang dans leurs adorations révolutionnaires, et auquel Goethe lui-même voua alors un culte retentissant, Shakspeare.

Mais pour Goethe, comme pour Herder, comme pour J. J. Rousseau, Tinspirateur commun, le maître des maîtres c'était la nature. « Un grand lettré, écrivait-il, est rarement un grand philosophe, et celui qui lit beaucoup de livres laisse souvent de côté le livre simple et facile de la nature. Or rien n'est vrai que ce qui est simple. »

Gé fut près de Strasbourg, à Sesenheim, que Goethe rencontra la plus pure et la plus profonde de ses inspirations. Frédérique Brion, fille du pasteur de ce village a été pour lui un ange de poésie, la messagère d une révélation idéale * ; et du jour où Tétudiant, rappelé à Francfort par sa famille, dut engager Frédérique à ne plus songer à lui, la douce enfant, sans dépit, sans rancune, demeura obstinément fidèle au souvenir de celui qui Tavait aimée. Elle repoussa tous ceux qui prétendirent à sa main. « Celle que Goethe a aimée, disait-elle, ne peut appartenir à un autre homme* ».

1. Voir dans les Mémoires de Gœthe {Ans meinem Leben) les détails de cette touchante idylle.

2. Saint-René Taillandier, Correspondance entre Gœthe et Schiller, Frédérique Brion vécut plusieurs années à Versailfes et à Paris : elle est morte en 1813, chez sa sœur aînée, femme d'un pasteur de villago dans le duché de Bade;

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Le cœur du jeune poète avait reçu à Sesenheim le premier germe de Werther,

Le second fut plus douloureux encore. Il lui vint un an plus tard, à Wetzlar, où son père avait envoyé le jeune docteur étudier la pratique du droit près de la Chambre Impériale,

Gœthe se trouvait alors dans une de ces périodes de regret et de mélancolie, où l'âme s'ouvre si facilement à une passion nouvelle. « Je me plaisais, dit-il, à observer le monde extérieur. Je laissais toute créature agir sur moi chacune à sa manière, depuis Thomme jusqu'aux êtres les plus infimes que nous pouvons percevoir...* Depuis que j'avais quitté le cercle de Sesenheim, il me restait dans le cœur un vide que je ne pouvais combler. Je me trouvais dans cet état moral où une inclination inaperçue peut nous surprendre et nous dominer. »

A une demi-lieue de Wetzlar, sur une des pentes qui dominent la vallée, est situé le village de Garbenheim, que le roman de Werther décrit avec tant de charme sous le nom de Walheim. C'est là que, dans une fête champêtre, il rencontra pour la première fois la fille du bailli de Wetzlar, Charlotte Buff, déjà fiancée à un attaché de légation, au hanovrien Kestner. « Jusqu'alors les dames de Wetzlar, écrit Kestner lui-même, l'avaient laissé assez indifférent : Charlotte le charma par ses manières simples et sa gaîté naturelle ; mais elle le gagna insensiblement et d'autant plus sûrement qu'elle ne se donna aucune peine pour cela. » Gœthe revit Charlotte à la maison do son père ; il se lia d'amitié avec son fiancé, admira la jeune fille au milieu des soins maternels qu'elle donnait à ses frères et sœurs ; et sentant qu'un amour impossible se glissait peu à peu dans son cœur, il partit au bout de quelques mois, sans prendre congé, et emportant dans son

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